François Passolunghi à l'oeuvre dans l'intimité de son atelier
Travaillé à chaud, à la flamme ou à l'étuve, l'artisan commence à faire plier le rotin, sans le forcer ni le brûler. Il le ressent, le cintre en douceur, beaucoup plus petit que le diamètre définitif prévu sur le gabarit, car le rotin a tendance à se rebeller. "On dit le dénerver, et c'est incroyable ce que l'on peut lui donner comme forme." Contrairement au bambou qui est un roseau creux et à l'osier, un rameau de saule utilisé pour la vannerie, le rotin, autrefois appelé rotang, est une liane de la famille des palmiers, qui à l'état naturel se faufile dans la jungle humide et tropicale d'Indonésie, de Malaisie, des Philippines... où elle peut atteindre jusqu'à 400 mètres de long ! Tohiti, Malacca, Koobo-lunty, Poluet, il en existe de différents diamètres (5 à 60 millimètres), du plus clair au plus sombre. C'est une fibre vivante, poreuse, robuste qui n'a pas de coeur mais offre pourtant de nombreux avantages comme celui de résister à tous les changements de température et être teintée. "Rien ne vaut le rotin naturel, avec sa peau. Dès qu'on l'écorce on le fragilise." Dans la blondeur de l'atelier, toutes les carcasses sont montées au clou dans la plus pure tradition. Il ne reste alors qu'à peaufiner attaches et ligatures avec de la lame demi-émail pour cacher les assemblages et faire un brin de décoration. Chaises, fauteuils, bains de soleil et garde-corps sont alors prêts à salonner en terrasse des villas et hôtels de prestige ou enjamber les frontières.