Silke Neumann l'admet volontiers : lorsqu'elle est passée de son premier studio à ce grand appartement bourgeois, il lui a fallu un temps d'adaptation. Le quartier, ni populaire ni animé, ne correspondait pas particulièrement à ce qu'elle recherchait mais, influencée par une amie, elle a malgré tout visité les lieux. L'appartement, occupé durant 50 ans par la même locataire, n'avait pas été rénové depuis un demi-siècle. Parquet ancien, cheminée, moulures et vitraux, Silke voit immédiatement le potentiel du lieu. Une belle endormie qu'il suffit de réveiller. Après quelques travaux effectués par les propriétaires ­ - la cuisine et la salle de bains sont totalement rénovées et un grand coup de blanc est appliqué sur les murs -­, la jeune femme emménage.

1. Projet de vie :

L'idée : la locataire a misé sur le vide pour mettre en valeur oeuvres d'art et pièces de design.

Situation : dans une rue bourgeoise du quartier Moabit, à Berlin.

Superficie : 140 m2.

Dans la salle à manger, la cheminée en faïence est d'origine. À droite, chaise
Dans la salle à manger, la cheminée en faïence est d'origine. À droite, chaise © Helenio Barbetta / Photofoyer

Habituée à vivre dans un espace beaucoup plus petit, Silke, la locataire, mettra deux ans à apprivoiser les lieux et à s'y sentir chez elle. Elle a opté pour une décoration minimaliste car elle n'aime pas les chichis. Pour le mobilier comme pour les oeuvres d'art, ce sont les rencontres et les coups de coeur qui guideront ses choix. " Art ou design, je dois aimer les gens pour apprécier leur travail", explique Silke.

La collection de pièces signées du couple Charles et Ray Eames qu'elle a réunie est l'exception à cette règle. Plus tard, quand ses goûts et ses envies se seront affirmés, Silke Neumann dessinera elle-même les pièces dont elle rêve et qu'elle ne trouve pas dans le commerce. Mais plus que le mobilier, ce sont les oeuvres d'art qu'elle tient à mettre à l'honneur chez elle. Peintures, dessins et photographies changent tous les six mois, au gré de ses envies et de ses rencontres.

Dans le salon, Silke a fait installer une bibliothèque en contreplaqué de hêtre (Moebel Horzon) à la façon d'un soubassement, contre un mur de 3,60 m de haut. Dessus, elle a posé des dessins et photos en noir et blanc. De gauche à droite, dessin Rabbit de Bettina Krieg, photo de Gunnar Porykis, photos Fulgurator Action de Julius von Bismarck et trois collages intitulés A Sentimental Journey through my Mind de Marcel Brühler. Devant, fauteuil
Dans le salon, Silke a fait installer une bibliothèque en contreplaqué de hêtre (Moebel Horzon) à la façon d'un soubassement, contre un mur de 3,60 m de haut. Dessus, elle a posé des dessins et photos en noir et blanc. De gauche à droite, dessin Rabbit de Bettina Krieg, photo de Gunnar Porykis, photos Fulgurator Action de Julius von Bismarck et trois collages intitulés A Sentimental Journey through my Mind de Marcel Brühler. Devant, fauteuil © Helenio Barbetta / Photofoyer

2. Trois questions à Silke Neumann

Trouve-t-on encore beaucoup de pépites oubliées comme cet appartement à Berlin ?

Silke Neumann : Oui, tout à fait. Depuis 1989, les Berlinois se réapproprient leur ville et en redécouvrent des quartiers entiers. Moabit, par exemple, qui n'était plus très couru il y a dix ans, l'est de nouveau aujourd'hui. Et les loyers restant assez bas, louer comme moi ce genre d'appartements dans le centre de la ville reste possible.

Vous semblez apprécier le vide autant que l'art...

Silke Neumann : J'aime l'espace de manière générale, même s'il m'a fallu un moment pour m'y habituer. L'espace permet aux oeuvres de prendre toute leur place, tout leur sens, de respirer en quelque sorte. Travaillant dans le milieu de l'art, je suis constamment sous des influences nouvelles. J'aime donc renouveler ma collection. Attribuer une place spécifique aux oeuvres n'aurait donc aucun sens.

À l'exception de quelques meubles et de l'entrée, vous avez opté pour du blanc partout. Pourquoi ?

Silke Neumann :Tout était peint en blanc quand j'ai emménagé dans l'appartement, ce qui me convenait. Je ne suis en général chez moi que tôt le matin. Or j'adore la lumière naturelle et, à cette heure, il y en a peu. Le blanc permet d'en optimiser l'effet. Dans l'entrée, où il n'y a pas de fenêtre, j'ai choisi un rose fluo trouvé à Londres. Enfin, le blanc est la meilleure façon de mettre en valeur l'art.

3. Le plan

Dans cet appartement à la structure classique et aux grands volumes, Silke a fait le choix d'une décoration sobre pour laisser toute la place à la lumière et aux oeuvres d'art.

Entre la salle à manger et le salon, les portes coulissantes sont d'origine, parées de vitraux aux motifs floraux, typiques du Jugendstil, style équivalent, en Allemagne, à l'Art nouveau. Dans un angle, un totem en bois sculpté par Siegfried, le père de la locataire.
Entre la salle à manger et le salon, les portes coulissantes sont d'origine, parées de vitraux aux motifs floraux, typiques du Jugendstil, style équivalent, en Allemagne, à l'Art nouveau. Dans un angle, un totem en bois sculpté par Siegfried, le père de la locataire. © Helenio Barbetta / Photofoyer
Dans sa chambre, Silke a dessiné son lit et l'a ensuite fait réaliser par un menuisier en contreplaqué blanc. En guise de table de chevet, un tabouret
Dans sa chambre, Silke a dessiné son lit et l'a ensuite fait réaliser par un menuisier en contreplaqué blanc. En guise de table de chevet, un tabouret © Helenio Barbetta / Photofoyer
Dans son placard à chaussures, Silke a collé des photos de chaque paire sur les boîtes, pour mieux s'y retrouver. Avec ce qu'il lui restait de la peinture rose fluo utilisée dans l'entrée, elle a peint le chant des étagères.
Dans son placard à chaussures, Silke a collé des photos de chaque paire sur les boîtes, pour mieux s'y retrouver. Avec ce qu'il lui restait de la peinture rose fluo utilisée dans l'entrée, elle a peint le chant des étagères. © Helenio Barbetta / Photofoyer