Les chambres de l'hôtel Edgar à Paris débordent d'imagination
Sous le prénom d'Edgar se glisse une famille recomposée en tribu harmonieuse, pas le même âge, pas la même personnalité, mais liée par le fil artistique et par les mêmes valeurs. Dans cette famille on demande l'initiateur du projet, le réalisateur, le chef d'orchestre : Guillaume Rouget-Luchaire. Trente-six ans, diplômé de l'Institut des Hautes Études hôtelières de Glion en Suisse, le succès de son premier restaurant avec Xavier Thiery, chef de cuisine, lui offre la possibilité d'un nouveau projet, un restaurant avec hôtel. C'est lui qui a déniché cet atelier de confection vétuste sur une petite place arborée du IIe arrondissement. L'idée de faire intervenir une partie de la famille paraissait évidente dès le départ. Et plus personnelle.
A chacun son décor
Ah, la déco d'Edgar ! Aussi subjective que le goût et le désir. Quelque chose d'indiscutable, de généreux, d'émotionnel qui dépasse les critères esthétiques de la conformité. Il fallait oser. Oser l'objet inattendu, la personnalité exacerbée, le concept inédit. Ça l'est d'autant plus lorsqu'on repère les auteurs. Tous des artistes et des créatifs, une indépendance d'esprit qui laisse découvrir quel sien chacun a voulu montrer sans perdre de vue le confort d'un endroit fait pour dormir. Même les amis ont aidé à l'installation. A la 8, Pierre Frey, cousin par alliance et petit-fils de l'éditeur de tissus d'ameublement, un raffinement à la française qui marque les valeurs de la maison : "je voulais faire un décor masculin élégant que les femmes adorent, habiller les murs de rayures et prouver qu'elles n'étouffent pas la pièce." Beau challenge de sobriété contemporaine. Porte voisine, ambiance féminine, la directrice du style de Petit Bateau, Carole Caufman, y raconte une histoire de couleurs délicates : "je n'ai pas voulu faire un décor mais transmettre de l'émotion, des sentiments". Au tour de Yann Arthus-Bertrand d'évoquer son attachement à l'Afrique : "c'est le souvenir des années au Kenya et un clin d'oeil à Guillaume que j'ai connu là-bas, il avait trois ans. J'y ai vécu avec sa mère pour faire une étude sur les lions. C'est là aussi que j'ai débuté la photographie aérienne en montgolfière". Sa soeur Béatrice, est avant tout sculpteur mais elle a pris du plaisir à installer dans son univers l'un de ses lustres bien marqué récup' et peuplé de héros pop culture. Autre particularité, le mur en métal joue l'oeuvre évolutive, incitant l'occupant à y laisser un souvenir. À l'étage supérieur, on retient le glamour d'Élise Darblay et Baptiste Rouget-Luchaire : "j'aime le Napoléon III et l'Art nouveau, Baptiste préfère le modernisme". Le bleu paon était la seule couleur qui pouvait réunir ce duo de réalisateurs de films dans un décor étrange. Le parcours se termine par la chambre 1 au rez-de-chaussée, la plus atypique malgré son mobilier scandinave années soixante et son sens de l'épure : une fenêtre comme un écran 3D sur le passage du Caire offre le plaisir d'observer sans être vu. En s'inspirant du style Gio Ponti, Guillaume Rouget-Luchaire a traduit sur le mode urbain les carrelages et le mobilier soixante du Parco dei Principi à Sorrente, son hôtel préféré. Légèreté et talent... sinon à quoi servirait d'ouvrir un lieu sans surprises ?
Hôtel Edgar, 31 rue d'Alexandrie, 75002. Tél. 01 40 41 05 19 et edgarparis.com
En photo : dans le couloir, des photos de vacances heureuses de Guillaume Rouget-Luchaire, propriétaire de l'hôtel Edgar et de sa famille recomposée - cousins, nièces, parents, oncles... Moquette évocation des années 1960, sur le mode géométrique des motifs de David Hicks. Peinture bleue, Guittet.