Au showroom Un Château en Espagne
En photo :Fauteuils en velours de soie de Joseph-André Motte, guéridon d'Alvar Aalto et canapé Poet de Finn Juhl.
En dix ans, Lyon a glissé de ville de congrès à destination touristique. L'effet Unesco, bien sûr : deux mille ans d'histoire, le Vieux Lyon et ses hôtels Renaissance ocre et rose, les bouchons à quenelles de brochet sauce nantua et les traboules de la Croix-Rousse, ça se pose là ! Mais il faut prendre le temps de découvrir cet autre Lyon qui change, se mélange, se connecte et avance à vue d'oeil. Carrefour géographique, la ville gagne aussi ses galons de capitale culturelle. Et épicurienne, car on mange toujours aussi bien à Lyon, où une jeune génération de chefs talentueux se mêle aux institutions qui, de la Mère Brazier aux bouchons, se renouvellent. Quant au paysage hôtelier encore classique, il a été électrisé par l'arrivée du Mama Shelter ce printemps.
Art contemporain et archi : cap sur la Confluence
Doubler la superficie de son centre-ville ? Toutes les villes en rêvent ; Lyon le fait à la Confluence. Sur ces 150 hectares de friche industrielle et portuaire entre Rhône, Saône et gare de Perrache, émerge l'un des plus grands projets urbains d'Europe, piloté par la crème des architectes internationaux. Prenez le Vaporetto et suivez la Saône jusqu'à la place Nautique, que bordent des résidences new look en mélèze, verre émaillé, alu, Inox ou béton texturé, signées Massimiliano Fuksas, entre autres. Christian de Portzamparc a préféré la terre cuite et le verre pour l'hôtel de région voisin. Quai Rambaud, le cube de métal orange de Jakob + MacFarlane détonne parmi les vieux entrepôts de l'ancien port fluvial. On attend aussi le nouveau musée des Confluences du cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au, la transformation du marché-gare par Herzog & de Meuron, le Dark Point d'Odile Decq et l'ensemble Hikari (lumière en japonais), de Kengo Kuma, qui produira plus d'énergie en 2015 qu'il n'en consommera. Depuis le 1er Septembre 2013, le public peut suivre les Rives de Saône, 15 kilomètres d'un parcours mêlant urbanisme, art et environnement de la Confluence à l'Île Barbe, puis de Fontaines-sur-Saône à Rochetaillée. L'idée ? Recréer du lien entre les Lyonnais et la rivière capricieuse dont ils s'étaient écartés. Plages, promenades, prairies et haltes fluviales invitent à la pêche ou à la marche à pied, et voient fleurir les oeuvres d'art que l'on découvre au fil d'un jeu de piste arty. D'art contemporain, il en sera surtout question à la Confluence du 12 septembre au 5 janvier 2014, puisque La Sucrière, l'ancien Magasin Général des Sucres, est l'un des QG de la Biennale d'Art contemporain depuis dix ans. L'exposition internationale Entre-temps... Brusquement, et ensuite y explorera la notion de narration autour d'artistes confirmés - Yoko Ono, Jeff Koons, Matthew Barney, Fabrice Hyber ou Paul Chan -, comme de jeunes créateurs. Elle investira également le MAC Lyon, la Fondation Bullukian et deux nouvelles adresses sur la colline de Fourvière : la chaufferie années 1930 de l'hôpital de l'Antiquaille et l'église Saint-Just. Dernière nouveauté, sur le toit panoramique de La Sucrière s'est posé cet été Le Sucre, espace culturel transdisciplinaire qui mélange musique électro (merci l'équipe des Nuits Sonores), image, graphisme et jeune cuisine.
Le design autour de Bellecour
Presqu'île toujours, mais cette fois entre Perrache et Bellecour. Bienvenue dans ce petit Marais lyonnais qu'est le quartier d'Ainay. Ses rues commerçantes, fief de l'aristocratie des soyeux, repaire des antiquaires, affichent un mix réjouissant de vieux cafés, commerces de bouche traditionnels, showrooms déco, dînettes et boutiques bohèmes autour du musée des Tissus et des Arts décoratifs, vénérable institution que son nouveau conservateur, Maximilien Durand, réveille avec les doigts dans la prise et des expositions à faire swinguer la collection - au demeurant fort belle : c'est la première au monde dans sa catégorie ! Après avoir empilé des fauteuils Moroso dans la cour de l'hôtel particulier du XVIIIe siècle pour les 60 ans de l'éditeur italien, il récidivera en Octobre avec un défilé de mode byzantine du Ve siècle à partir des vêtements retrouvés dans la nécropole d'Antinoé et reconstitués par les costumiers de l'Opéra de Lyon ! Et puisqu'il suffit de passer le pont (de l'Université, depuis la jolie place Gailleton), poussez jusqu'à la Guillotière. Avant de devenir le New Deal, projet immobilier haut de gamme signé Sixième Sens, le garage Citroën, qui fut dans les années 1930 la plus grande station-service d'Europe sur la célèbre Nationale 7, accueillera Design Tour du 6 au 10 Novembre 2013. Nul doute que ce monument historique classé de cinq étages et 40 000 m2 - escaliers en partie signés Jean Prouvé - sera un écrin de choix pour ses quatre expositions. Par ailleurs, 30 showrooms, boutiques et studios lyonnais exploreront la notion de territoire(s) à travers les savoir-faire et partenariats industrie-design. La décoratrice Claude Cartier mettra en avant l'éditeur italien Porro et le collectif suédois Front. Et Maison Hand donnera un coup de projecteur sur les luminaires du designer Bernard Schottlander chez DCW. Non loin de là, débute le quartier Jean Macé, où le Mama Shelter s'est installé. Sur l'exquise terrasse de la suite 705, au 7e étage, le choix de ce quartier populaire proche des gares et du triangle d'or lyonnais s'avère bien vu. Baby-foot fluo, plafond graffé par Tarek Benaoum, bouées multicolores au-dessus du bar interminable : on connaît la recette déco. Mais on trouve ici un lexique français-lyonnais dans l'ascenseur ; et les quenelles de brochet fricotent avec le bobun vietnamien sur la carte régression-fusion !
Lyon côté papilles
Dès le XVIIIe siècle, les Mères lyonnaises ont donné à la ville sa belle cuisine ménagère, et une pluie d'étoiles, à l'image d'Eugénie Brazier, son talentueux apprenti Paul Bocuse et leur infatigable successeur Mathieu Viannay. L'an passé, ce dernier a ouvert le Brazier Wine Bar dont on aime le décor noir et bois, sobre et chaleureux. Au mur, des casiers en épicéa chargés de belles bouteilles à 20 euros mais aussi de rares crus à prix caviste que l'on déguste avec des tapas ultraraffinées. À la rentrée, loin de souffler, le chef entreprend le relooking élégant du restaurant étoilé. Du côté des bouchons, Joseph Viola (alias Daniel & Denise) milite au sein du nouveau label Bouchons Lyonnais pour rappeler qu'un bouchon, c'est un lieu historique (on n'en verra pas dans le Cube orange !), une déco tradi des cuivres au parquet, un nappage en tissu à carreaux rouges et blancs, des verres ballon et des mets - tablier de sapeur, quenelles, cervelle de canut, abats et baba - élaborés sur place par un cuisinier diplômé ! Lyon, c'est aussi tout un réseau de jeunes chefs soucieux du produit, qui ont préféré aux grandes maisons de sympathiques mouchoirs de poche où ils exécutent sans contrainte une jolie cuisine bistronomique. Entre eux, la décontraction est de mise. Si vous poussez la porte d'Ô Vins d'Ange, ne soyez pas étonnés de retrouver autour de Sébastien Milleret, Guillaume Monjuré du Palégrié, Franck Delhoum du Potager des Halles ou Martin Schmied de Magali et Martin. Rien de tel que cette belle cave de vins naturels pour fédérer la jeune garde des chefs lyonnais !
Le dimanche, des puces du canal aux monts d'Or
Un bon siècle que les puces lyonnaises sont à Villeurbanne, dans le quartier du Tonkin d'abord, puis près du canal du Jonage depuis 1995. Tombez du lit pour y faire de bonnes affaires, mais aussi pour sentir leur ambiance de village. Elles ont leurs quartiers (Le Hangar, L'École, Les Tôles) et leurs bonnes adresses : Chez Bettant, la pâtisserie où l'on s'arrache pralinettes et brioche Nanterre ; ou le Broc Café, tout en sympathie et Formica coloré de 6 heures du matin à l'après-midi, où le déjeuner s'éternise en musique. On trouve des babioles à un euro chez les marchands qui déballent en plein air, et de très belles pièces, à prix abordable, sur les stands. Avec 400 marchands, 5 000 à 7 000 visiteurs chaque dimanche, ce sont déjà les deuxièmes puces de France, mais Jacques Chalvin, leur nouveau propriétaire, voit plus loin : il a installé un village de containers vintage pour accueillir 100 nouveaux marchands. Avec vos emplettes, prenez la route de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or. C'est en 2006 que les propriétaires du Collège Hôtel ont fait de la vieille auberge du mont Cindre un nid d'aigle quatre étoiles cosy et élégant, où tout invite à la flânerie. La terrasse sous les platanes, divine le midi, les 28 chambres avec vue et le menu de l'Ermite du dimanche soir. Audrey de Pouilly propose des bréchets de volaille grillés façon grenouille, vrai rituel anti-blues de fin de semaine. De l'hôtel, on aperçoit Lyon, et le large méandre de la Saône à Rochetaillée. Ici s'achève (pour l'heure) le parcours Rives de Saône, sur une grande prairie, ouverte sur la rivière. De la Confluence aux monts d'Or, au fil de la Saône, la boucle est bouclée !