Deux fois par an, le Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte accueille l'emblématique salon Maison&Objet, un rendez-vous incontournable du design et de l'art de vivre pour les professionnels. Cette saison, la direction artistique a été confiée à Amélie Pichard, créatrice inclassable notamment connue pour ses sacs iconiques. Si elle élargit désormais son champ d'action à travers le Bureau Synthétique, un espace de réflexion et de création pluridisciplinaire, elle propose aujourd'hui WELCOME HOME, une installation-manifeste de 150m2 au sein du salon. Rencontre avec une créatrice en mouvement.

La Welcome Home d'Amélie Pichard, directrice artistique de l'édition de septembre 2025 de Maison&Objet.
La Welcome Home d'Amélie Pichard, directrice artistique de l'édition de septembre 2025 de Maison&Objet. © ©Anne-Emmanuelle Thion

Une maison ouverte sur le monde, pensée comme un manifeste

L'installation Welcome Home, cette maison inachevée, ouverte et décomplexée, devient un lieu d'échange où le design dialogue avec l'art, l'artisanat, les marques et les idées. Nous avons rencontrée Amélie Pichard au sein de sa création, pour qu'elle nous partage ses inspirations, sa vision de la perfection, et l'importance qu'elle donne à l'ouverture - des espaces comme des esprits.

L'installation Welcome Home, qu'est ce que c'est ?

A.P. : La "Welcome Home" remplace l'espace tendance que l'on connaît habituellement à Maison&Objet : c'est donc la principale animation du salon cette saison. Et c'est ma maison. Une maison dans la maison. Ma vision de la maison.

Amélie Pichard, dans la cuisine de sa maison ouverte.
Amélie Pichard, dans la cuisine de sa maison ouverte. © ©Anne-Emmanuelle Thion

Quelles ont été vos inspirations ?

A.P. : L'idée était vraiment de travailler autour d'une maison pas terminée. Pourquoi est-ce qu'on irait terminer une maison alors que, nous-mêmes, nous sommes en perpétuelle évolution ? On change d'avis tout le temps. Je trouve que c'est très frustrant de finir une maison, parce qu'une fois qu'elle est finie, on a envie de recommencer.

Je voulais aussi questionner plein d'autres choses, notamment la perfection. Pourquoi est-ce qu'on se met une pression sur la maison parfaite ? Cette maison "Welcome Home" est imparfaite, comme nous, finalement.

Et qu'est ce qu'on trouve à l'intérieur de la maison ?

A.P. : On trouve des objets imparfaits, des objets pas toujours terminés et finalement, ce qu'on retrouve essentiellement, c'est 99 % d'objets qui ont été fabriqués par leur créateur.

Votre pièce préférée ?

A.P. : C'est trop dur ! [rires]. Ma pièce préférée, c'est le sofa de Studio Low. Ça fait des années que j'adore son côté fauteuil en mousse hyper brut, très imposant. C'est la pièce la plus imposante de la maison, mais la plus légère aussi !

Le sofa en mousse de Studio Low, le coup de coeur d'Amélie Pichard.
Le sofa en mousse de Studio Low, le coup de coeur d'Amélie Pichard. © ©Anne-Emmanuelle Thion

Trois mots pour décrire "Welcome home" ?

A.P. : L'utilité. L'imperfection. Et l'artisanat.

Vous avez donné vie à une Maison-Théière pour l'affiche de cette édition. Comment conjugue-t-on artisanat et intelligence artificielle ?

A.P. : Ça a été un véritable challenge ! L'objectif était de faire communiquer un artisan (ici la céramiste Blumen) avec une IA, alors que ce sont normalement deux mondes opposés. Là, ça a bien marché puisque nous avons respecté les deux partis. Nous avons donné à l'IA une base du travail de l'artisane, qui a ensuite pu reproduire avec la terre cuite ce que l'IA avait créé à partir du prompt donné.

La sculpture en céramique de la Maison-Théière, une étroite collaboration entre artisanat et IA.
La sculpture en céramique de la Maison-Théière, une étroite collaboration entre artisanat et IA. © ©Anne-Emmanuelle Thion

Le décloisonnement semble être votre moteur : vous faites des ponts entre mode, design, artisanat, technologie... D'où vous vient ce besoin de naviguer entre les domaines ?

A.P. : Je pense que je suis arrivée dans le monde de la chaussure en étant intéressée par l'artisanat, par la fabrication. Je voulais sauver le savoir-faire français de la fabrication de chaussures. Et donc petit à petit, au sein de ma marque, j'ai essayé de faire des ponts avec des artisans externes au monde de la mode. Aujourd'hui, c'est donc naturel pour moi d'aller travailler avec toute forme de savoir-faire.

Vous avez quitté Paris, créé le Bureau Synthétique, délaissé un peu le monde de la mode... Qu'est-ce que ce renouveau a changé dans votre manière de créer ?

A.P. : Je gagne en liberté, maintenant, je peux créer pour d'autres. Quand on crée que pour sa société, on a des contraintes économiques qui brident la créativité. Aujourd'hui, en ayant plusieurs clients, je peux varier les plaisirs. Aujourd'hui je fais la Welcome Home, demain peut-être que je ferai un hôtel, et un autre jour peut-être que je ferai un vêtement pour une marque. Ainsi je peux, comme le disait Charlotte Perriand, "avoir une vie de création".

Pour finir, que voulez-vous que les visiteurs retiennent de leur passage ici, dans cette maison ouverte ?

A.P. : Notre rapport à la matérialité. Nous sommes dans une maison où tous les objets sont utiles. Il n'y en a pas beaucoup, certains sont multifonctions, d'autres sont pliables. Selon moi, le meilleur rapport à l'objet, c'est peut-être de vouloir que les objets qui nous accompagnent soient des objets qui ont du sens, des choses à raconter. Peut-être aussi d'en avoir finalement le moins possible, mais qu'ils soient les plus beaux.

La chambre de l'installation Welcome Home d'Amélie Pichard.
La chambre de l'installation Welcome Home d'Amélie Pichard. © ©Anne-Emmanuelle Thion
Le salon de l'installation Welcome Home d'Amélie Pichard.
Le salon de l'installation Welcome Home d'Amélie Pichard. © ©Anne-Emmanuelle Thion
Amélie Pichard dans la Welcome House
Amélie Pichard dans la Welcome House © ©Anne-Emmanuelle Thion