Portrait de Pascal Mourgue, sous l'un de ses dessins
Au fond d'un jardin de Montreuil-sous-Bois, volontairement sauvage, où les citrouilles apparaissent entre les herbes et les petits figuiers sortent entre deux pierres, Pascal Mourgue, designer renommé, au travail carré, cadré, organisé et cartésien, s'adonne aux délices aléatoires de l'art de la céramique.
Ce grand monsieur au visage taillé à la serpe, à la voix de basse et aux manières charmantes, auteur d'un nombre incroyable de canapés et d'autres oeuvres aussi fonctionnelles pour les maisons Cinna et Ligne Roset, vit dans un univers où la ligne droite et le millimètre ont perdu toute leur signification. Il s'est installé un atelier à domicile pour dessiner, écrire des poèmes et triturer l'argile, par séries, suivant l'inspiration du moment.
Ses tables ressemblent parfois à un déballage de découvertes archéologiques recouvertes de fragments d'objets non identifiés, de bribes de mystérieux bijoux pétrifiés, d'éclisses et de brindilles, d'éclats de pots, de bols tordus réduits en pétales de terre.
Une sorte de puzzle imaginaire invitant au toucher et à la reconstitution. Une panoplie de petits objets humbles à l'usage oublié qui tiennent dans la paume de la main, prêts pour d'autres aventures ou pour rendre d'autres services.
Certaines pièces sont plus grandes et plus végétales, noires et mates en grès cuit, évidées comme des cages, entortillées comme des rubans, nouées comme les racines des palétuviers, plissées comme des corolles.
Ses sculptures blanches, grises ou roses couleur peau, plus ou moins figuratives, donnent toujours le sentiment d'un espace aérien, jamais loin des lignes ondulantes et compliquées des branchages. Elles se marient parfaitement avec le design industriel moderne en contrebalançant les lignes droites et géométriques. Une musique douce et baroque dans une architecture plus austère.
Une sensibilité qui se veut un hymne à la légèreté, à l'air, à la liberté d'invention et qui est l'autre face, plus cachée, de Pascal Mourgue.