Un salon chaleureux et confortable
Dans la partie salon, deux chauffeuses "Aspre" en ébène, flanelle et soie (Christian Liaigre) encadrent une table basse "Marie" en ébène de Macassar et chêne massif (éd. Frédéric Sicard). Dessus, livre Georges Jouve de Philippe Jousse (éd. Jousse Entreprise). Liseuse "Chantecaille" en nickel et appliques "Nuit de Chine" en laiton patiné (Christian Liaigre). Sur la cheminée, boîte miroir "Paris" biseautée et feuilletée sans teint, réalisée sur mesure. Au premier plan, banquette "Wilson" tapissée de velours de soie par Marina Daniloff, piètement en laiton canon de fusil (éd. Frédéric Sicard)
L'histoire de cet appartement :
Qu'est-ce qui caractérise votre style ?Frédéric Sicard :"Plus qu'un style, j'aime créer une atmosphère qui va rendre la vie plus douce et flatter les sens sans contraindre l'usager futur. Je m'efforce aussi d'être un vecteur de la culture française en utilisant le savoir-faire des artisans qui m'entourent. Mes précédentes collaborations, avec Christian Liaigre et Andrée Putman, ont forgé mon goût de l'excellence. Mes clients, étrangers le plus souvent, apprécient aussi la relation étroite que je tisse avec eux."
Avez-vous des "tics" qui reviennent dans vos chantiers ?F. S. :"Assurément, les objets et matières liés à mon enfance ou à mes premières années dans ce métier surgissent parfois au détour d'un projet, d'une discussion, mais sans récurrence. Je préfère me laisser porter par les trouvailles du moment, par l'air du temps. Je crois beaucoup à l'écriture automatique et à la poésie d'un lieu. Toutefois une belle lampe "Snoopy" de Castiglioni posée sur une sellette "Nagato" de Christian Liaigre, c'est un beau totem, non ? J'aime le bois, la brillance d'un abat-jour noir, le statut d'un marbre de Carrare."
Un style auquel vous tournez le dos ?F. S. :"Sans hésiter, le superficiel qui sous prétexte d'en mettre plein la vue donne quelque chose d'absolument pas naturel, comme certains "néo-ensembliers" tapageurs sans esprit ni fil conducteur. Bref, l'inverse de Starck qui couvre joyeusement d'un nez rouge nos moindres perversions, ou plutôt celles de nos clients. Et peut-être aussi le classicisme passéiste par fainéantise, sans lyrisme ou parti pris."
Vous signez votre propre collection de mobilier ?F. S. :"Le mobilier que je crée est une réponse aux exigences de qualité et de travail sur mesure de mes commanditaires. Mais je n'ai pas besoin de voir mon nom en tête de gondole : la notion de "signature" est un concept qui ne me touche pas. La création de mobilier et sa commercialisation correspondent simplement à l'envie et au plaisir de partager quelques belles pièces que des artisans fidèles, maîtres de leur discipline, ont développé avec moi."
Quelle est votre méthode de travail sur un chantier ?F. S. :"J'aime que le client participe à l'élaboration de "son projet". Souvent en collectant des images de magazines qui illustrent ses envies. Lors des premières esquisses, je ne figure pas directement ses souhaits : parfois je vais même prendre le contre-pied de ses attentes. À la fin d'un projet, si l'on ne discerne pas clairement les limites de mon intervention, on peut dire que j'ai réussi ce que le client attendait de moi. Tout semble être à sa place, les volumétries sont harmonieuses, les colorations servent l'esprit des lieux. Tous les choix peuvent sembler arbitraires mais leur assemblage, leur juxtaposition doit "sonner juste".
Un projet ou des défis qui vous séduiraient ?F. S. :"J'ai réalisé l'hôtel Jules, à Paris, pour le groupe GLA, et j'étudie actuellement un projet de restaurant étoilé dans un petit palace parisien. Et dès que je peux m'échapper, je pars en Asie du Sud pour découvrir de nouveaux hôtels et arpenter les villes de long en large ! Je rêve donc d'y réaliser un lodge au bord d'un lagon et pourquoi pas le mien. Mon désir de voyager n'est pas assouvi, mais un bel écrin parisien me plairait aussi bien
La configuration de ce couloir se prêtait naturellement à l'implantation de placards. Frédéric Sicard a donc imaginé une enfilade de portes moulurées dissimulant des rangements. Il a accentué l'effet de symétrie en optant pour une peinture ton sur ton. Le gris souris recouvre les portes de placard, les murs et le plafond ainsi que les tabourets strictement alignés. Un aménagement d'une grande rigueur.
Dans la salle de bains, dialoguent avec douceur lignes droites et formes rondes et généreuses, des codes chers à Frédéric Sicard. Le plan-vasque a ainsi été conçu comme un monolithe, tandis qu'un intéressant travail de mise en abyme a permis d'insérer un miroir rond dans un miroir rectangulaire. Un univers géométrique en noir et blanc dans lequel l'architecte d'intérieur a joué avec les perspectives, donnant à la pièce le volume qui lui manquait.
Dans la chambre parentale à la symétrie parfaite, une commode remplace le traditionnel banc posé au pied du lit, réinterprétant les codes classiques des arts décoratifs. Si le bois et le métal occupent un rôle majeur dans les projets de Frédéric Sicard, la couleur est, elle, utilisée avec une grande parcimonie, par touches, à la manière d'un tableau.