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Un plan d’aménagement paysager réussi repose sur une conception réfléchie qui combine esthétique, fonctionnalité et durabilité. Avant de planter ou d’installer une terrasse, il est essentiel de prendre le temps d’organiser son jardin et de définir la place de chaque élément. Créer un plan de jardin permet de structurer les espaces, d’anticiper le développement des plantes et d’assurer l’équilibre global du paysage. "Même si l’envie de planter est forte dès que l’on prend possession d’un jardin, l’idéal est de laisser passer quatre saisons pour observer l’espace", conseille Pierre Berghof, alias Le Cultivateur. "Et si l’on plante tout de suite, rien n’est irréversible." Lorsqu’on arrive dans un nouveau jardin, il est également préférable d’éviter de tout raser. S’appuyer sur les éléments existants – arbres, relief du terrain ou plantations anciennes – permet souvent de préserver l’âme du lieu et d’en révéler le charme.
Observer son jardin avant de concevoir l’aménagement
Avant de dessiner un plan paysager, la première étape consiste à observer et analyser le terrain. Cette phase d’étude permet de comprendre les caractéristiques naturelles du jardin et d’orienter les choix d’aménagement.
Commencez par réaliser un état des lieux :
- analyser la topographie du terrain
- observer l’orientation et l’exposition au soleil
- repérer les zones d’ombre et de vent
- identifier les éléments existants à conserver.
Avant même de penser à l’installation d’une terrasse, généralement située près de la maison, il est important d’imaginer le développement futur de la végétation."Vous pouvez simplement noter où se situe le soleil le matin et le soir ou utiliser la boussole de votre smartphone pour suivre la course du soleil", explique Pierre Berghof. "Car un jardin très ensoleillé n’accueillera pas les mêmes plantes qu’un jardin d’ombre." Cette observation permet ensuite d’organiser harmonieusement les zones végétales, les espaces de détente et les zones fonctionnelles.

Par exemple, les hortensias se plaisent à l'ombre et en terre acide, tandis que les rosiers et la lavande préfèrent le plein soleil. Pour la beauté et la réussite du jardin, c'est le premier critère à considérer. "Pour réussir à les localiser, observez le jardin lors des matins gelés d'hiver ou les gelées matinales de la fin d'hiver, certaines parcelles se réchauffent plus vite que d'autres au fur et à mesure que le jour avance : elles atteignent alors plus rapidement des températures élevées que d'autres endroits à l'ombre, ce qui en fait des emplacements idéaux pour des plantes sensibles au froid, comme les agrumes (orangers, citronniers) ou la lavande. À cet endroit, vous pouvez également installer une serre ou une mini-serre afin de profiter de cette montée en température et d'optimiser la culture de plantes fragiles."

Des obstacles tels que les arbres ou les bâtiments voisins peuvent eux-aussi projeter de l'ombre et influencer l'ensoleillement de votre jardin. Ensuite, tenez compte de la façon dont les vents dominants traversent le lieu. Car si on pense que seul l'ombre peut apporter du froid, le vent aussi, surtout s'il vient du nord. Le rêve de planter un arbre à agrumes dans un jardin venteux peut cependant se réaliser, à condition de le placer près d'un mur qui puisse couper la course du vent.

Le troisième point clé est l'étude de la nature du sol : sa profondeur, et également sa nature - calcaire, acide, neutre ou argileux. Pour le découvrir, il est conseillé d'utiliser des tests disponibles en jardinerie ou en grande surface. Vous pouvez aussi tester votre sol vous-même ainsi : prélevez deux échantillons de terre, placez le premier dans un verre de vinaigre blanc : s'il mousse, cela indique une terre calcaire ; placez le second dans un verre d'eau déminéralisée avec du bicarbonate de soude : si une effervescence apparaît, cela signifie que la terre est acide. Cette petite expérience de chimie est essentielle pour déterminer si vous devez planter des vivaces adaptées aux sols calcaires, comme le sureau, le chèvrefeuille, le lilas ou l'arbre à papillons, ou au contraire des plantes préférant les sols acides, comme le rhododendron, l'hortensia ou l'érable du Japon.
Pour définir le bon emplacement pour les différentes plantes, les adventices sont aussi d'excellentes plantes bio-indicatrices : pissenlit ou oxalide d'Europe poussent dans une terre acide ; les orties se sentent bien dans une terre très fertile -- ou polluée ! La prêle des champs, elle, préfère naturellement les terres compactes et qui manquent d'eau, tout comme le chardon. Faites-vous aider d'une application sur smartphone comme Plantnet® pour les identifier. Et pour définir une palette végétale, puisez votre inspiration dans ce qui vous entoure : les fleurs des ronds-points, les jardins voisins ou encore la nature environnante, qui révèlent les espèces locales adaptées à votre région.

Dessiner pour projeter un plan d'aménagement paysager
Après l'observation, il est temps d'esquisser un plan ; c'est une étape également essentielle pour bien envisager son jardin. Pour faire cette première ébauche, il faut soit prendre des mesures précises de chaque côté du jardin avec un mètre, soit utiliser les plans cadastraux fournis dans l'acte de vente de votre maison ou consultables en mairie ou sur Google Maps - ils sont une excellente base de travail. Imprimez-les à l'échelle 1/100 échelle et en A3. "En respectant une équivalence de 5 cm pour 5 mètres, représentez les arbres existants par des ronds, sans oublier de dessiner les ombres portées des bâtiments et arbres, conseille Pierre Berghof. Sur cette base, dessinez un croquis approximatif incluant les zones fonctionnelles, les cheminements et les points focaux : terrasse, piscine, massif de fleurs)."
En parallèle, pour avoir une idée concrète de la manière dont vous pouvez aménager votre jardin, ouvrez un carnet et notez-y vos visions : collez des images ou des photos de ce qui vous plait, ajoutez-y des croquis ou des idées, des couleurs, des textures et des inspirations pour chaque zone du jardin. Imaginez-le le plus précisément possible et définissez ses usages en fonctions de vos besoins : souhaitez-vous un espace détente, un élément d'eau (fontaine, bassin, piscine), un lieu convivial pour recevoir, un point d'observation sur le paysage ? Quels types de plantes, de matériaux et de style préférez-vous ? Et quel budget souhaitez-vous y consacrer ?
Notez aussi précisément les points d'accès au jardin, les vues environnantes à préserver et au contraire les vues à cacher, et indiquez de manière exacte les éléments existants - arbres, murets, allées, bâtiments, pentes... Comprendre les contraintes de votre jardin permet de choisir les végétaux adaptés, d'optimiser l'espace, de faciliter son entretien futur. Après quelques essais et en tenant compte du budget disponible, réalisez un plan définitif.
"Elaborer un plan permet par ailleurs de programmer les différentes floraisons de manière échelonnée, afin d'en profiter le plus longtemps possible et de les mettre en valeur tour à tour, précise Michel Audouy. Ça évite de se retrouver avec un massif totalement vide à certaines périodes - au début du printemps et fin d'automne spécifiquement."

Bien calculer et évaluer les espaces et les distances au jardin
La distance de plantation entre les différents végétaux et les éléments minéraux doit être bien évaluée en amont : elle doit être de 5 mètres au plus proche d'un mur mitoyen, de la maison ou des autres arbres. "Tant pour les arbres que pour les arbustes, il faut prendre en compte leurs taille et dimension à pleine maturité. Veillez également à ne pas prévoir un arbre possédant des épines (comme le citronnier) dans un passage. Par ailleurs, si l'arbre à planter doit masquer une vue, il est essentiel de choisir une espèce à feuillage persistant plutôt que caduc. (par exemple le néflier d'Allemagne est un persistant tandis que le néflier du japon est caduc). Pensez à l'entretien futur pour assurer la pérennité de votre espace. Quant aux grimpantes, n'oubliez pas qu'elles nécessitent une structure de soutien - une bonne idée : plantez un jasmin étoilé près de la zone des poubelles.
En somme, la question essentielle à se poser est : pourquoi planter à cet endroit ? Penser à l'emplacement de plantation permet de s'assurer que les plantes se développeront dans des conditions optimales, et que le jardin sera harmonieux et agréable à vivre.

Définir l'emplacement des espaces de vie et des zones fonctionnelles
Parallèlement au plan de plantation, il est essentiel de définir les zones de vie et fonctionnelles : terrasse, barbecue, piscine, cabane pour les enfants, niche du chien, réserve d'eau, bac à compost, voire le poulailler. L'installation du système d'arrosage automatique doit également être prévue avant de planter.
Le potager, lui, doit absolument se situer en plein soleil. "Voici une astuce pour savoir exactement où le placer : exactement au même endroit que celui que vous choisiriez pour la piscine !, sourit Pierre Berghof. Tous deux ont en effet besoin d'être à l'abri du vent et des regards indiscrets, dans un endroit calme." Le potager d'ailleurs, se dessine comme un jardin : il faut envisager la hauteur de chaque plant - les grimpantes plutôt au fond et les grands arbres protégeant les plus petits, toujours en calculant les ombres portées - en estimant les besoins de chaque plante : les épinards et les carottes à l'ombre, les tomates et les aubergines au soleil.

Associer sa sensibilité et son histoire
Il n'existe pas de recette toute-faite pour construire un plan de jardin, chaque lieu a sa propre réponse. Pour faire en sorte que votre jardin se démarque de tous les autres, son plan d'aménagement doit être sur mesure pour votre terrain et votre mode de vie. "Au-delà de sa mise en scène, il sera d'autant plus beau si vous montrez son authenticité, insistent Pierre Berghof et Michel Audouy. On doit pouvoir sentir la personnalité du jardinier derrière cette élaboration du plan de jardin." Et même lorsque le paysagiste met son savoir-faire au service de la conception du jardin, il est essentiel de préserver une part suffisante de liberté pour les clients.

Commencer en toute simplicité, sans viser trop grand
Derrière les magnifiques jardins se cachent bien sûr de grands concepteurs et des jardiniers passionnés ! Chacun ici réinterprétera son espace en fonction de ses spécificités. "L'erreur la plus courante est de se lancer avec une vision trop ambitieuse, prévient Michel Audouy. Certes, votre cahier d'inspiration regorge sans doute d'images impressionnantes, mais ne sous-estimez pas l'investissement en temps, en efforts et en ressources nécessaires, au risque de créer un projet inadapté à la fois à l'espace et aux besoins des occupants." Conseil d'expert : faites le point sur vos attentes, votre budget, ainsi que le temps et l'investissement que vous êtes prêts à y consacrer. Trouvez le juste équilibre entre un jardin minimaliste et un projet trop ambitieux, sans chercher à reproduire ce que vous avez vu ailleurs. Et surtout, adoptez une approche modeste mais curieuse, qui vous incitera à dénicher du mobilier pour lui redonner vie et y apporter une touche créative.
Enfin, lors du passage à la réalisation, l'aménagement peut être progressif ou immédiat selon les priorités et les ressources disponibles. Dans le cas d'un terrain aux trop nombreuses contraintes, le recours à un professionnel est bien sûr préconisé, au moins pour demander conseil. Et surtout, lancez-vous sans crainte, car planifier son jardin est toujours un plaisir et garantit une réussite assurée.

Remerciements à Pierre Berghof alias Le cultivateur, créateur, auteur chez Marabout et chroniqueur jardin sur TF1 et RTL ; à Michel Audouy, architecte paysagiste et enseignant à l'école nationale supérieure de paysage de Versailles



















