
Unjardin bien désherbé renvoie traditionnellement à l'idée d'un espace maîtrisé, "soigné", à un joli jardin. Aux abords de la maison surtout, on peut avoir envie d'un espace plus entretenu ; dans certains cas, on est obligé d'intervenir lorsque les racines des plantes spontanées menacent les joints, les dalles ou les fondations de la terrasse ou parfois de l'habitation. C'est ici que désherber devient une nécessité pour préserver le bâti. Les produits chimiques généralement utilisés pour désherber et tuer les racines des plantes indésirables sont souvent des herbicides systémiques ou totaux. Controversés pour leurs effets possibles sur la santé humaine et l'environnement, leur usage est interdit depuis 2019 conformément à la Loi Labbé, pour les particuliers. Face à cette évolution, des méthodes alternatives naturelles gagnent en popularité pour préserver la biodiversité tout en contrôlant les mauvaises herbes. Mais elles ne sont pas toujours respectueuses des sols non plus.
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Des solutions naturelles, mais pas radicales contre les racines
Disons-le d'emblée : il n'existe pas vraiment de désherbants systémiques naturels capables de détruire les plantes jusqu'aux racines... Parmi les produits non-chimiques présents sur le marché et autorisés au jardin, le premier est sans aucun doute l'acide pélargonique, qui est un acide gras d'origine végétale, notamment présent dans le géranium ; il constitue d'ailleurs la base de certains produits de désherbage biologiques. L'acide acétique également, qui est un vinaigre de vin à 11-13%. "Ces molécules simples étaient initialement réalisées à base de plantes, explique Denis Pépin, conférencier, formateur, journaliste et auteur spécialiste en Jardin et potager biologique et écologique. Mais désormais elles sont synthétisées de façon artificielle en laboratoire pour une production industrielle, donc plus vraiment naturelles... De plus, ce ne sont que des défoliants et non des herbicides systémiques". De ce fait, elles n'empêchent pas la repousse des plantes vivaces.
Dans les grands espaces minéralisés comme une cour gravillonnée par exemple, pulvériser un désherbant à l'acide acétique tous les trois mois est certainement la solution la plus simple, mais qui ne peut pas être transposée sur du gazon, entre des massifs ou au potager, au risque de détruire la vie et la fertilité du sol.
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Quel mélange utiliser ?
Vinaigre blanc (1L), sel (2 cuillères à soupe), liquide vaisselle (1 cuillère à café)... Ce mélange 'maison' est souvent cités comme l'alternative naturelle pour éliminer les adventices. Le vinaigre brûle le feuillage, le sel assècherait ses racines, et le liquide vaisselle facilite l'adhérence du produit sur les feuilles. Il est généralement recommandé de l'appliquer par temps sec et ensoleillé, afin d'en maximiser l'effet tout en limitant les risques pour le sol. Cependant, cette solution n'est pas sans danger : elle n'est pas autorisée comme désherbant car elle présente un impact environnemental préoccupant, notamment en ce qui concerne le sel qui altère la fertilité du sol et contamine et pollue les eaux de ruissellement jusque dans les rivières. Par ailleurs, son efficacité reste très relative : ce mélange brûle les parties visibles des plantes, sans atteindre les racines, ce qui limite fortement son action dans la durée.
Il existe également d'autres mélanges à base d'eau savonneuse, enrichis de vinaigre et d'huiles essentielles comme celles de pin, de clou de girofle ou d'agrumes. Bien que plus coûteuse, cette solution est souvent présentée comme biodégradable. Toutefois, son efficacité n'est pas du tout démontrée et peut, elle aussi, avoir un impact non négligeable sur l'environnement.
Autre méthode, cette fois efficace et davantage recommandable : l'eau bouillante, tout simplement ! Versée directement sur la plante, elle constitue une solution simple et accessible, capable d'atteindre les racines, notamment lorsque la plante est jeune ou peu enracinée. Elle peut être utilisée en toute saison, au moment de cuisiner, à condition qu'elle ne soit pas salée, afin de préserver la vie du sol. "En réalité, peu de solutions naturelles permettent de tuer les racines en profondeur sans nuire au sol ou à l'environnement, prévient le jardinier Denis Pépin. Pourtant, d'autres alternatives existent pour limiter leur développement de façon durable, sans recourir aux produits chimiques". À condition d'être patient... et stratégique.
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L'action mécanique : la plus efficace !
L'arrachage des jeunes plantules dès leur apparition, le sarclage mécanique et la coupe régulière restent les méthodes manuelles de désherbage les plus efficaces, notamment contre les vivaces comme le liseron ou le pissenlit, le rumex et l'oseille sauvage, dont les bourgeons souterrains peuvent facilement repartir à partir des racines laissées en terre. Elles demandent de la régularité et un peu de temps (ainsi qu'un peu de sueur et d'autodiscipline !), mais leur efficacité est durable. "Il faut vraiment couper et creuser pour chercher les racines et les extirper avec une bêche plate, précise Denis Pépin. Et en prévention, la mise en place d'un paillage s'avère particulièrement intéressante tout en étant écologique". Pour les plantes vraiment tenaces même, il est conseillé de recouvrir la zone avec du carton afin de priver la plante de lumière et ainsi la faire mourir, puis d'ajouter par-dessus une couche de tonte de pelouse ou de broyat de feuilles mortes pour accélérer la décomposition du carton tout en nourrissant la terre. Cette méthode est idéale au pied des haies, des rosiers ou entre les arbustes et pour défricher un terrain avant une mise en culture.
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Parmi les autres techniques utiles, le faux-semis consiste à préparer le sol comme pour un semis plusieurs semaines à l'avance, afin de stimuler la germination des graines indésirables présentes dans la terre de surface. Une fois que ces graines ont levé, il faut les éliminer en sarclant soigneusement pour couper la plante au niveau des jeunes racines pour empêcher toute repousse. Pour maximiser l'efficacité, il est possible de répéter l'opération deux fois de suite. L'essentiel est de ne pas remonter de terre sous-jacente, afin de ne pas faire remonter de nouvelles graines enfouies. Cette technique, bien adaptée au potager, permet de réduire considérablement la pression des adventices, même si elle ne garantit jamais un résultat à 100%.
En somme, les désherbants - même dits "naturels" - sont bien souvent utilisés en solution de dernier recours, quand le jardinier a laissé la situation lui échapper. Pourtant, mieux vaut ne pas intervenir en pompier avec une lance à incendie, quand un simple arrosoir bien utilisé aurait suffi en amont. Un désherbage raisonné, combiné à des gestes simples mais réguliers, permet de garder le jardin sous contrôle, sans nuire ni au sol, ni à la biodiversité. Patience, observation et stratégie restent les meilleurs alliés du jardinier durable.
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