Une maison en pleine nature
Maison Magazine. Était-il facile dans les années 1970 d'obtenir l'autorisation de construire une habitation aussi singulière, aussi novatrice ?
Yves Legendre. Je n'ai pas pu la bâtir dans une zone résidentielle, mais sur un terrain isolé. J'ai dû la cacher dans les bois ! La construction n'a pas de façade principale en tant que telle. Regroupant plusieurs espaces de vie, la maison dispose de trois entrées indépendantes et six terrasses réparties tout autour, à des niveaux différents. On peut comprendre qu'elle ait désarçonné les services administratifs.
MM. Pourquoi cet éclatement ?
Y. L. Conçue comme un ensemble de cubes, l'habitation offre une grande indépendance. Plusieurs vies (professionnelle, familiale...) peuvent y cohabiter.
MM. Le bâtiment a-t-il évolué avec le temps ?
Y. L. Oui. Comme un Lego ou un Meccano, le principe de construction, que j'ai fait breveter, m'a permis de modifier le bâtiment une dizaine de fois pour répondre à de nouveaux besoins, en ajoutant une chambre ou un bureau, en couvrant une terrasse...
MM. Rétrospectivement, que penser des matériaux et des techniques utilisés ?
Y. L. Peut-être le retour en grâce de Jean Prouvé explique-t-il la redécouverte du métal qui, contrairement aux idées reçues, n'a besoin d'être repeint que tous les cinq ans. Les toitures et parois vitrées sont toutes équipées de double vitrage ou de verre triplex anti-effraction. Bien isolés, les murs pleins mais non porteurs sont pour certains issus de l'industrie frigorifique et de la construction navale. Ceux qui sont à structure bois (piscine et entrées) sont doublés d'un matelas de laine de verre. Il y a huit ans, nous avons végétalisé les toits-terrasses avec des plantes grasses : cela a permis d'augmenter l'inertie du bâtiment. Une vraie démarche écologique !