L'esprit 1950 est bien présent dans cet appart parisien, avec ce buffet chiné aux puces
Tracés, surlignages, contrastes et autres principes décoratifs sont le fil rouge de ce projet signé Anne-Sophie Pailleret. L'architecte d'intérieur, qui aime les années 1930 à 1950 et les différents styles que cette période a vu naître, s'en est inspirée pour transformer un appartement sans beaucoup de charme. Une réinterprétation où elle a usé d'aplats décoratifs, d'associations de textiles, de jeux de motifs, de matériaux nobles, d'accessoires et de mobilier chinés ou dessinés sur mesure.
L'idée : redonner une âme à un appartement des années 1920 pour une famille avec deux enfants. Situation : place des Ternes à Paris. Superficie : 230 m2.
Après une expérience de scénographe dans l'industrie du luxe et l'événementiel haut de gamme, Anne-Sophie Pailleret s'est tournée vers la décoration et l'architecture d'intérieur. Elle se forme à l'école Boulle, puis collabore avec l'architecte d'intérieur Jean-Louis Deniot. Une rencontre qui marquera son travail. L'élégance de cet appartement parisien qu'elle a revu et corrigé ne dément pas cette influence. Pour donner de l'esprit à ce lieu sans caractère particulier, elle a d'abord créé une toile de fond. Exit les colonnes massives, remplacées par de fins piliers qui délimitent le coin salle à manger. Fini aussi le faux plafond semé de spots façon salle de conférence (tout le plan électrique a été revu).
Quant aux murs arrondis, elle n'a pas cherché à les masquer, mais a équilibré les volumes par des horizontales et des verticales peintes en noir encre. Un leitmotiv qui revient dans les différentes pièces, le couloir, sur le sol de la cuisine ou encore en ganse sur les luminaires, et qui s'impose comme une signature. Ce nouveau décor au graphisme appuyé est rehaussé par des touches de doré et de bleu canard ainsi que par de surprenantes associations de motifs. Côté mobilier, Anne-Sophie Pailleret a chiné de nombreuses pièces des années 1930 et 1950, époque qu'elle affectionne, et les a mixées à des pièces contemporaines et des objets qu'elle a dessinés. En misant sur l'éclectisme et les mariages audacieux, l'architecte d'intérieur signe ici un appartement au tempo graphique remarquable. Anne-Sophie Pailleret, tél. : 06 66 72 43 01, annesophiepailleret.com. Entreprise ayant collaboré au chantier : Atelier Pernon, tél. : 01 41 32 93 35, atelierpernon.com
3 questions à l'architecte d'intérieur Anne-Sophie Pailleret
Comment insuffler âme et esprit à un lieu sans tout transformer ?
Anne-Sophie Pailleret : le supplément d'âme a été apporté ici par le choix du mobilier. Il ne s'agit pas d'un appartement de représentation. Le confort prime sur l'esthétique. Nous n'avons pas hésité à croiser les influences entre mobilier et accessoires contemporains, références vintage et pièces sur mesure. De la poignée de porte au luminaire, chaque détail compte.
Comment créer une cohérence ?
Anne-Sophie Pailleret : j'utilise la peinture pour réaliser des jeux de motifs. Ici, j'ai souligné les perspectives en traçant des bandes filantes. Pour que cela fonctionne, il faut penser ces interventions de façon globale, et les décliner autour d'un choix de textiles ou de papiers peints. Cela crée des résonances d'une pièce à l'autre. Il est également important d'avoir un panel de matériaux limité afin de ne pas surcharger l'ensemble.
Comment choisir et associer les tissus ?
Anne-Sophie Pailleret : les textiles sont essentiels. Ils doivent être raffinés mais discrets pour que l'atmosphère soit chaleureuse et non "fabriquée". On évitera d'associer des matières d'été à des matières d'hiver. On mélangera les motifs pourvu qu'une couleur les relie et que les associations soient cohérentes. On peut aussi envisager, pour dynamiser un espace, d'introduire une couleur franche. Ici, le bleu canard est utilisé en touches dans toutes les pièces de l'appartement.
En photo : les espaces salon et salle à manger sont séparés par un buffet 1950 chiné aux Puces de Saint-Ouen. À droite, bibliothèque "Continental" de Joe Colombo, 1960, achetée à la galerie Phantom, marché Paul-Bert. Dans le fond, sur la cheminée, luminaire "Squares", Atelier Areti, et sur l'encoignure peinte façon Mondrian, photo Claudie d'Élodie Daguin, galerie Sakura. Rideaux en tissu Lelièvre, Atelier Pernon.