Un séjour qui mélange les créations de l'artiste Jacques Jarrige
Dans les années 80, Frédéric de Luca réunissait une poignée de créateurs dans la galerie En Attendant les Barbares. À l'époque où le design se produit en série, son choix met en lumière la pièce unique et le savoir-faire d'un mobilier conçu dans le sillage des arts décoratifs. Parmi eux, Élizabeth Garouste et Mattia Bonetti, Éric Schmitt, mais aussi Jacques Jarrige. Ce dernier façonne un mobilier intuitif, libre de références techniques.
À travers des pièces métalliques et graciles ou sculptées dans la masse du bois aggloméré, il développe un vocabulaire personnel et autodidacte, il sculpte, enlève et creuse dans l'épaisseur afin que ses meubles prennent forme et s'élèvent. "C'est en laissant place au vide que le 'plein' de la matière respire, que les lignes vibrent. Il lui reste à teinter, vernir et patiner pour achever la 'transmutation'". Meubles, lampadaires, paravents, suspensions, naissent de la simplicité du médium et se hissent au rang de pièces précieuses, au passage d'une laque ou d'une patine sombre. Rejoindre la sculpture est déjà au coeur de sa démarche.
Le mobilier, devient un alibi, voire un prétexte pour cheminer et assumer trente ans plus tard son identité de sculpteur. Un chemin accompagné par Frédéric de Luca, puis diffusé par les galeries Cat-Berro et Avant-Scène. Grâce à la rencontre avec la galeriste new-yorkaise Valerie Goodman, Jacques Jarrige prendra son envol vers la sculpture pure.
En bois ou en métal, son oeuvre invente le mouvement et s'écarte du droit chemin. Les méandres, les vagues, laissent dans sa création, une place à l'incertitude et à l'hésitation. "Comme l'eau du fleuve vient rogner la rive, laissant le dessin pour mémoire sur le sol", elles deviennent des objets vivants en perpétuel mouvement, rappelant les formes organiques de l'Art déco, du sculpteur britannique Henry Moore et de l'artiste Jean Arp. Dans un travail plus récent, la ligne se rapproche de l'essentiel. C'est l'idée de la série "Méandres", nourrie d'une recherche menée en collaboration avec les patients du Centre médico-psychologique Jean Moulin de Saint-Maur où l'artiste intervient depuis vingt-cinq ans.
En photo : Dans le séjour, sur la table basse "Katsura" en médium teinté verni, une sculpture mobile en bois poli. Devant, lampadaire "Leda" en frêne, Valerie Goodman Gallery, et table d'appoint en métal tressé. Au fond, petite lampe en bronze ébène et bois laqué. Toutes ces pièces sont des créations de Jacques Jarrige.
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