Des pièces de design ponctuent l'appartement de l'architecte à Paris
De l'Italie, l'architecte Antonio Virga a gardé le charme, l'intonation savoureuse du "r" roulé et le goût sans mesure pour une architecture simple et dessinée. Vingt-cinq ans sont passés depuis l'arrivée à Paris du jeune diplômé de l'école Polytechnique de Milan, venu prendre l'air sur les conseils d'un père francophile qui l'incitait à venir y regarder de plus près la beauté des nuages et accessoirement celle des jeunes filles.
Mais la visite d'observation parisienne se prolonge pour une vie. Après plusieurs collaborations, dont celle avec Antonio Citterio, il s'installe à Paris et ouvre son agence en 1990 dans une ancienne imprimerie du Xe arrondissement. Nominé à l'Équerre d'argent en 2012 - avec Vincent Parreira pour le spectaculaire centre commercial en tôle perforée, l'Atoll, dernier ovni de la consommation conçu près d'Angers -, Antonio Virga revendique l'élégance d'une simplicité sans concessions et sans effets... Conversation à propos de la rénovation de cet appartement dont la sobriété est conforme à l'ensemble de ses projets.
En tant qu'architecte, par quoi avez-vous été séduit en arrivant à Paris ?
La dimension internationale bien sûr, et l'ouverture à l'architecture étrangère qui n'était pas si évidente partout ailleurs, il y a presque trente ans. Ici, on pouvait construire sans la pression du réseau, ce qui donnait une liberté et une égalité des chances qui me fascinait. De la même façon, le courage que l'on avait à bâtir dans des lieux historiques m'intéressait. L'aspect intouchable du patrimoine n'empêchait pas l'audace contemporaine de bâtiments iconiques. Certes, cela n'allait pas sans polémiques, mais les architectures finissaient par exister, je pense à Beaubourg, la Pyramide du Louvre... Cela proposait une dynamique très motivante.
Qu'est-ce qui vous a moins séduit ?
Le rapport à la culture du design plus distancié et moins génétiquequ'en Italie où elle est une seconde nature. Achille Castiglioni était mon professeur de design, je me souviens de ses cours qui s'achevaient par une standing ovationenflammée. L'architecture se pratiquait déjà dans une perspective globale et s'étendait "de la petite cuillère au design de la ville", selon la célèbre expression de l'Italien Ernesto Rogers. Un projet ne peut se concevoir sans dessiner le mobilier. Ici on tend à favoriser la spécialisation. Chaque territoire est réservé à une personne. Pourtant : design, graphisme, architecture sont liés et procèdent d'un élan commun. Notre champ d'action doit être vaste et multiple.
En quoi vous sentez-vous différent ?
En France, l'architectures'attache peut-être davantage à l'effet, à l'étonnement plutôt qu'aux détails. J'aime ce qui ne se voit pas, ce qui dure sans céder aux influences des modes. Qu'un lieu se découvre et se dévoile sans se livrer directement. L'absence du geste porte la force d'un projet, c'est ainsi que j'ai travaillé la rénovation de cet appartement. Tout ici a été dessiné sans que l'on en prenne vraiment conscience. L'espace très morcelé à l'origine a été entièrement repensé. Le couloir élargi de cinquante centimètres, les portes supprimées sinon équipées de verre monté sur des châssis en métal ou bien encore installées sur pivot pour souligner la fluidité et la transparence du volume. Les murs sont blancs partout, le noir intervient par touches graphiques grâce à la présence du chêne brossé et teinté du mobilier encastré. Les matériaux sont peu nombreux : du métal, du béton notamment pour la banquette qui accompagne toute la profondeur du séjour et la chaleur du plancher omniprésent. Le mobilier est volontairement limité, il doit justifier sa fonction, et ne pas répondre à des intentions décoratives. Il ne vient pas encombrer et perturber la lecture de l'ensemble de l'espace libre et lisse.
Comment se pense, s'opère le choix du mobilier et des objets ?
L'essentiel du mobilier a été dessiné sur mesure et appartient à l'architecture. Les placards sont encastrés, la banquette en béton du séjour traverse l'espace et offre une surface de pose et une assise efficace. Le canapé accompagne les lignes du volume, sa couleur beige le dématérialise. Les meubles chinés très sobres s'associent au dessin contemporain des lampes. Le contraste des photos en noir et blanc et des rangements en chêne teinté structure le blanc.
Sur quels projets avez-vous travaillé ces dernières années ?
Le showroom de Céline, la rénovation du bâtiment de la Dior Academy, une résidence à Dubaï, des appartements privés en France, l'entrée du siège social de l'enseigne Chloé, le concept des boutiques du Comptoir des Cotonniers et celles de la marque Pablo qui sont en cours. Et bien sûr l'Atoll avec Vincent Parreira.
Antonio Virga. 1 bis, cité Paradis, 75010. Tél. 01 48 00 01 25 et antoniovirgaarchitecte.com
Les adresses d'Antonio Virga entre Paris et Milan
Pour ses enduits parfaits : le peintre Marc Perriera. 38, avenue Elisa Mercoeur, 94500 Champigny-sur-Marne. Tél. 06 63 08 28 73.
Pour la qualité de réalisation des châssis de portes en acier étiré : l'entreprise de serrurerie Adem. 11, rue Ernest Sarron, 77410 Claye-Souilly. Tél. 01 60 20 80 04 et adem-metal.com
Pour la qualité et le choix exceptionnel de ses photos : Magnum Gallery. 3, rue de l'Abbaye, 75006. Tél. 01 46 34 42 59 et magnumgallery.fr
Pour son mobilier et ses accessoires design : De Padova. Corso Venezia, 14, 20121 Milan. depadova.it
Pour ses sublimes tapis anciens et contemporains : Altai. Via Pinamonte da Vimercate, 6, 20121 Milan. altai.it
En photo : ponctué d'ouvertures et d'une bibliothèque, le large couloir s'inscrit comme un espace à vivre. Fauteuil "Egg" d'Arne Jacobsen, Silvera, suspensions, Maxalto.