Un mélange des genres et des couleurs dans le salon
Dans le salon, canapé "Febo"d'Antonio Citterio, chez Maxalto. Table basse, Caravane.
L'histoire de cet appartement : Nous sommes chez des amoureux des livres, des amateurs d'arts. Trente ans que le couple d'esthètes n'avait pas changé d'appartement. Trente ans d'objets, de livres, de souvenirs. Trente ans de vie qui s'empilent. Le temps passe, les enfants s'envolent, les aspirations évoluent. On vit autrement. L'idée d'un lieu calme et surtout lumineux était une priorité du changement. Le hasard des recherches les mène vers cet appartement qui réunit toutes les perspectives. Alors, puisque la lumière entre à flots, puisque l'espace additionne les atouts de convivialité conjugués à une superficie où chacun peut vivre à son rythme, alors naturellement on choisit de faire le grand saut. Doucement, on apprivoise l'appartement comme le quartier. C'est le moment des choix décoratifs. Le couple fait alors appel aux conseils ajustés de l'architecte d'intérieur Marie-Claude Bérard et de l'architecte Aïda Djahandari. Ensemble, elles vont accompagner attentivement les personnalités et l'esprit du couple, redessiner la circulation et redistribuer l'espace. "J'ai pour règle de m'adapter à l'esprit des gens. Aujourd'hui, les clients recherchent plus un guide qu'un décorateur qui impose un style. Ne jamais perdre de vue, que ce sont les clients qui vivent dans l'espace à traiter. Ici, les propriétaires avaient le goût des couleurs et une grande envie de lumière, alors j'ai joué de contrastes forts, en passant de couleurs chaudes à des tonalités froides et en jouant sur des clairs-obscurs. Même parti pris marqué avec un éclectisme assumé dans l'association des objets. Les incursions contemporaines ont permis de casser les codes classiques de cet appartement", explique Marie-Claude Bérard.
Point d'orgue, la bibliothèqueC'est elle qui réunit l'arborescence des pièces, c'est elle qui donne le ton avec son bleu profond. Les livres qui étaient passés au filtre d'un choix ultra-sélectif lors du déménagement, reprennent le pouvoir. Ils colonisent les rayonnages, sculptent l'espace de toute leur profondeur. Romans, essais, beaux livres sont classés par genres. Un espace cultivé qui se prolonge au salon avec des oeuvres et des références artistiques... À chacun sa chambre, sa salle de bains, son intimité. Nous sommes ici, côté jardin, là où les deux balcons se répondent, bulles de verdure suspendues au-dessus des buis sculptés d'un ancien cloître. Et puis, traverser la galerie des livres et pénétrer dans la salle à manger, côté cour. Le rouge y domine sur fond de rayures. Au centre, la table rectangulaire étire sa convivialité et met en scène une collection de champignons à côté d'assiettes illustrées de Fornasetti. Étonnant mélange. Repérées, les collections forcent aussi l'insolite. Collections de serre-livres, collections de paysages en liège, collections de soies brodées issues de monastères, collections... La chine serait-elle devenue une passion ? Les objets se compilent dans un désordre maîtrisé. La chambre de Madame d'intention plus classique a donné refuge à une effervescence de souvenirs, alors que celle de Monsieur affiche une relative épure dans un registre plutôt contemporain. Autre point de ralliement, la cuisine qui joue de transparence avec la salle à manger par un jeu de verrières. Ici, association de bleu et vert en rupture avec la pièce des dîners. En contrepoint, sensiblement excentré, un bureau vient focaliser toute la concentration. Voilà pour cet appartement qui accueille l'esprit autant que la lumière.