L'interview de Karine Herz et ses confidences déco
Pourquoi le choix de cette ancienne usine ?Nous avons découvert cet endroit par hasard, grâce à l'un de nos amis. Sans lui, nous n'aurions pas eu l'idée de visiter cette ancienne usine de ressorts datant des années 1900. Mais nous aimons les lieux empreints d'histoire : celui-là était parfait !
Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce volume ?D'abord l'espace. Car, dès la première visite, nous savions ce que l'on allait pouvoir obtenir de ce bâtiment : deux très grandes pièces sans vis-à-vis. La première au rez-de-chaussée, et l'autre au deuxième niveau, en créant une mezzanine. Nous savions aussi qu'il n'y aurait aucun cloisonnement dans cette partie. Derrière, la grande pièce allait pouvoir être divisée en deux pour aménager les deux chambres d'enfants. Enfin, nous avons tout de suite vu que le troisième niveau nous serait réservé avec notre chambre et, surtout, une terrasse après avoir déposé la toiture d'origine.
Dans quel état se trouvait le lieu ? Le toit avec sa verrière encadrée de lucarnes était en parfait état et la main courante de l'escalier était peinte dans un beau bleu turquoise. En revanche, les murs étaient délabrés. Dans le second loft, au deuxième étage, il y avait la salle des machines : nous l'avons séparée en deux pour créer le coin des enfants.
Comment avez-vous repensé l'espace ? Grâce à la belle hauteur sous plafond, nous pouvions réaliser un étage supplémentaire. L'idée d'organiser un triplex pour toute la famille devenait idéale ! J'ai alors pris l'aménagement en main, en coopération avec l'architecte Vladimir Doray. La priorité était de conserver l'esprit industriel d'origine et d'optimiser la surface de 160 m2 en jouant sur les volumes. Je voulais que le rez-de-chaussée soit une pièce de travail et de réflexion, avec un coin réservé aux parents et aux enfants. L'idée d'une mezzanine au deuxième niveau s'est vite imposée pour que le rez-de-chaussée bénéficie d'un minimum de lumière naturelle. J'y ai créé la petite cuisine ouverte sur le salon. L'agencement de la terrasse au dernier étage a été la dernière phase des travaux, elle a duré un an !
Quelles ont été vos priorités ?Il s'agissait avant tout d'organiser un lieu de vie familial où chacun puisse jouir de son propre espace, tout en préservant la lumière et la sensation d'ouverture. Je désirais aussi embellir le lieu en gardant son esprit industriel. J'ai donc eu pas mal recours à des matériaux bruts : ciment, béton et acier. Je n'ai pas voulu mettre de couleur sur les murs afin de ne pas heurter ces éléments existants. Sur un plan plus pratique, j'ai veillé à ce qu'il y ait un maximum de placards pour éviter le désordre. Et puis, le fil conducteur, c'était bien évidemment de conserver la lumière zénithale.
Qu'avez-vous gardé de l'ancien bâtiment ?Le toit voûté en pavés de verre, tellement typique, et les fenêtres rectangulaires qui l'encadrent. Les escaliers qui mènent à la chambre des enfants. La brique et la pierre sur les murs des chambres. Je voulais mettre en valeur les traces héritées de l'ancienne usine en laissant les "accidents" comme les tuyaux, le sol en ciment du rez-de-chaussée, les rampes qui conduisent à la mezzanine. J'ai gratté le mur de la chambre des enfants pour découvrir un mur de pierres et de briques : je préfère valoriser les éléments existants plutôt que d'essayer de les masquer.
Le style des meubles était-il très important dans l'aménagement ?Oui, car j'adore chiner et cela fait partie de mon travail. J'aime mélanger les meubles d'esprit industriel des années 1950 et 1960. Je chine partout pour dénicher des objets originaux : je suis attirée par les choses qui ont vécu. Mais j'apprécie aussi la couleur par petites touches : chaises, vaisselle... Le jaune, l'orange et le bleu ciel prennent toute leur importance dans un décor monochrome.