Il était une fois...
Plutôt austère de prime abord, la maison qui semble avoir été bâtie par un notaire de province possède un confort rassurant. Avec un petit côté "collet monté" qui a amusé Stanislassia Klein, au point qu'elle en a adopté les codes déco - rideaux épais, footstools capitonnés, lambris, pampilles et dorures - pour mieux les faire danser, à coup de couleurs étonnantes, de plumes et de fourrures bariolées, de paillettes, de perles et de cuirs irisés empruntés à la mode, de lampes méduse et de folles bestioles empaillées ! "Mon travail, explique la fondatrice de Stella Cadente, c'est d'embellir les choses et les lieux, en y apportant quelques touches fortes. Un retour aux origines, puisque j'ai abordé la mode par le biais des bijoux et des accessoires qui devaient étonner, réveiller une garde-robe." En déco, les tons neutres, les objets "choisis pour durer" l'ennuient.
Stanislassia préfère foncer, oser la couleur. Elle peut passer trois semaines à "faire sa gamme", avant de donner du fil à retordre aux peintres pour qu'ils réalisent les mélanges dans le pot, d'après un bout de tissu ou... un yaourt à la fraise ! Plein nord, le fumoir aux trois couleurs d'encre était si sombre dès le milieu de l'après-midi que la styliste a accentué le défaut pour le transformer en qualité. Le soir, c'est l'endroit parfait pour lire ou boire un verre, avec un côté boudoir déjanté, peuplé d'une ménagerie d'animaux sauvages - des papillons bleus, un oryx magnifique - ou plus familiers.
Nostalgies d'Est :Le matin, dans la salle à manger, la lumière du jardin entre à flots. Sa palette de bleus Wedgwood ou Nattier, et l'étonnante lampe méduse à fibres optiques réveillent cette pièce bourgeoise dont le mobilier chiné donne l'impression de petit-déjeuner dans la datcha du film Soleil trompeur. Stanislassia a beau avoir grandi à Paris, elle a gardé de ses grands-parents ukrainiens et d'une mère suisse-allemande la nostalgie de l'Est. Klimt aurait aimé sa cage d'escalier où la feuille d'or s'oxyde gentiment comme un miroir vénitien. Au premier étage, dans la suite Peau d'âne, la lumière ricoche sur la tête de lit en miroir années 40 et sur une cascade de perles et de tulle. Auguste le chevreuil se regarde dans un miroir et un paon s'est posé sur la cheminée du salon. On vit en plein conte de fées. "Et encore, précise Stanislassia, vous ne voyez pas le quart de ce que j'ai en tête ! Le budget m'oblige à être raisonnable." Sauf peut-être dans la chambre Reine des neiges, où 1 001 gouttes, perles et autres stalactites fantaisistes se changeront bientôt en cristal par la magie de Swarovski. Quand elle séjourne à Provins, Stanislassia loge dans la suite Russe. Un zeste d'argent (dans la chambre des enfants) et beaucoup d'or : en paillettes dans la peinture couleur champagne rosé, en fil tricoté dans les coussins de laine, en dentelle appliquée au velours violet du lit. On songe aux icônes, aux clochers à bulbe des églises russes. Chacune des cinq chambres est pleine de personnalités, mais sans jamais intimider. Question d'humour et de style, qui mêle cheap, chine et chic avec désinvolture. Stanislassia revendique l'art du décalage, garant de modernité, et les clins d'oeil aux Surréalistes qu'elle admire, tout en veillant à ne jamais privilégier l'effet au confort. Chaque chambre est très cosy, avec literie et douche haut de gamme, grand écran plasma, cafetière expresso, thés, parfums et produits de beauté... Il était une fois, une maison où les fées étaient comme chez elles.