
En France, l'installation de panneaux solaires reste freinée par une forte désinformation. Historiquement, des dispositifs d'aides mal conçus, une instabilité réglementaire et politique persistante et des pratiques frauduleuses ont nuit à la confiance des particuliers. Résultat : la France accuse un important retard par rapport à ses voisins européens, où les solutions sont plus performantes et largement adoptées. Aujourd'hui, seuls 600 000 foyers sont équipés, sur 13 millions de logements compatibles - soit à peine 3 % de taux de pénétration.
Mais depuis deux ans la tendance est en hausse, portée par plusieurs facteurs convergents. "Le recours à l'énergie solaire est en forte croissance, porté notamment par la hausse continue du prix du kilowattheure, qui pousse de plus en plus de foyers à se tourner vers l'autoconsommation", précise Benjamin Barnathan, co-fondateur de Solarock. Une évolution qui accompagne les objectifs ambitieux des pouvoirs publics : passer de 20 GW à 100 GW d'ici 2050 ; par ailleurs, une réduction de la TVA à 5,5 % est évoquée pour le 1er octobre 2025, bien que ses conditions d'application ne soient pas encore définies... Si elle entre en vigueur, cette mesure pourrait atténuer l'impact de la hausse des tarifs d'électricité. Le coût réel de l'électricité solaire pourrait alors chuter à seulement 4 centimes par kilowattheure, contre 13 centimes auparavant - faisant de cette énergie une solution à la fois écologique et économiquement avantageuse.
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Réunir les conditions pour rentabiliser cet investissement
La rentabilité d'une installation solaire dépend de plusieurs critères techniques, économiques et comportementaux. D'abord, le logement doit être adapté : pour un rendement optimal, la toiture doit être en bon état, bien orientée (plein sud, sud-est ou sud-ouest), sans ombrage, et inclinée entre 25° et 35°. D'ailleurs, contrairement aux idées reçues, la performance d'une installation solaire ne dépend que de l'ensoleillement : l'orientation du toit et l'absence d'ombre priment.
Et même si les régions du Sud sont favorisées, une installation bien dimensionnée reste rentable sur tout le territoire. Un bon dimensionnement, réalisé par un professionnel selon vos besoins et l'ensoleillement local, permet de définir la surface disponible et l'installation d'un nombre de panneaux adapté à la consommation électrique du foyer - généralement à partir de 6000 à 10 000 kWh/an pour que l'investissement soit réellement pertinent. Notons que les coûts d'installation ont fortement diminué ces dernières années, rendant l'investissement plus accessible, à condition de faire appel à des installateurs qualifiés et certifiés RGE - ce qui permet d'accéder aux aides et d'être bien assuré sur la période de 20 à 25 ans.
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Maximiser l'autoconsommation est la clé
"Les panneaux photovoltaïques sont d'autant plus rentables que l'électricité produite est autoconsommée, explique Jérôme Mouterde chez Dualsun. La baisse du tarif de rachat du surplus à 4 c¤/kWh (contre 12 c¤/kWh auparavant) a réduit l'intérêt de la revente, à l'inverse elle a renforcé celui de l'autoproduction : chaque kWh consommé directement permet d'éviter un achat à un prix bien plus élevé. Et un bon taux d'autoconsommation est rendu possible par des usages domestiques importants notamment grâce au choix d'équipements entièrement électriques : il est conseillé de remplacer les anciens systèmes gaz ou fioul par des équipements électriques comme une pompe à chaleur, pompe à chaleur pour le chauffage, l'eau chaude, et en parallèle s'équiper d'électroménager performant et d'une recharge de véhicule. L'ajout d'un système de stockage ou l'adaptation de vos usages (lave-linge, chauffe-eau en journée, etc.) permet d'optimiser cette logique.
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Quelle rentabilité moyenne pour une installation photovoltaïque en France ?
En moyenne, le retour sur investissement s'effectue entre 8 et 12 ans, selon la consommation du foyer, la qualité de l'installation et les aides disponibles. Cela correspond à un taux de rentabilité interne (TRI) net d'impôt compris entre 8 % et 15 % par an, bien au-dessus des produits d'épargne classiques ! À titre de comparaison, l'assurance vie rapporte en moyenne moins de 2 %, et le Livret A autour de 1,70 % avant impôts (depuis le 1er aout), ce qui renforce encore la rentabilité des panneaux.
"La rentabilité moyenne dépend fortement du taux d'autoconsommation et des équipements du logement", explique Jérôme Mouterde chez Dualsun. Le coût de production du kWh solaire (LCOE - Levelized Cost of Energy) est estimé entre 8 et 13 c¤/kWh, soit 2 à 3 fois moins que le prix de l'électricité du réseau. Voici deux cas concrets pour une maison de 100 m² à Lyon :
Avec pompe à chaleur électrique :
- Coût moyen de l'énergie : 21 ¤/m²/an
- Temps de retour sur investissement (ROI) : environ 8 ans
- Gain cumulé sur 30 ans : plus de 30 000 ¤
Avec chaudière gaz :
- Coût moyen de l'énergie : 29 ¤/m²/an
- Temps de retour sur investissement : environ 10 ans
- Gain cumulé sur 30 ans : 24 000 ¤
La rentabilité peut encore augmenter avec la possibilité de revendre le surplus de production ou de stocker l'électricité non consommée. Enfin, Amortis en 8 à 12 ans, les panneaux solaires - qui durent en moyenne 30 ans - offrent ensuite jusqu'à 20 ans d'électricité gratuite : un choix rentable et responsable.
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Installation : quel budget envisager ?
"Le prix des installations reste relativement stable en France, où le modèle énergétique reste fortement centré sur le nucléaire, explique Benjamin Barnathan chez Solarock. Mais le pays commence à rattraper son retard et une véritable accélération du solaire est attendue d'ici 2026-2027, comparable à celle qu'a connue l'Allemagne dès 2017". Plus de 5 000 à 6 000 entreprises françaises proposent des installations solaires, des petits artisans locaux jusqu'aux grands groupes comme Engie - dont les tarifs sont généralement plus élevés. Les écarts de prix peuvent donc être importants, d'où la nécessité de bien comparer les offres et de s'informer avant de s'engager.
Pour une installation résidentielle classique, il faut compter entre 5 500 ¤ et 7 500 ¤ (sans batterie) pour une puissance de 3 kilowatts-crête (kWc), selon le matériel et les prestations choisies - l'ajout d'une batterie porte le coût entre 9 000 ¤ et 14 000 ¤. C'est le seuil minimal d'un projet rentable, en adaptant la puissance à sa consommation réelle. Une installation de 6 kWc (soit environ 12 panneaux de 500 watts) coûte 9 000 ¤ à 12 000 ¤ (parfait pour une famille avec deux enfants), tandis qu'un système plus conséquent de 9 kWc et plus peut aller bien au-delà, jusqu'à 18 000 ¤ selon les configurations. Il faut anticiper les usages futurs plutôt que de se baser uniquement sur la consommation actuelle : électrification, véhicule électrique, pompe à chaleur, rénovation... Une bonne installation se conçoit sur plusieurs années. Cela dit, il est possible de faire évoluer l'installation et de l'ajuster avec le temps.
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Comment les aides actuelles influent-elles sur la rentabilité ?
Primes à l'autoconsommation, taux réduit de TVA, revente du surplus d'électricité... Les aides disponibles ont un impact réel et positif sur la rentabilité des installations solaires. Le remplacement d'équipements énergétiques et le recours à l'hybrides disposent aussi de dispositifs d'aides tels que MaPrimeRenov' et CEE. Combinées, elles améliorent significativement le rendement économique d'un projet : la réponse est donc un grand Oui quant à leur influence sur le résultat final. L'eco-PTZ (prêt à taux zéro) est une solution complémentaire qui permet de transformer ses factures d'énergie en mensualités, et d'amortir dans le temps son investissement, dans la limite de 15 000 ¤ par projet. Cependant, plus encore que les aides, c'est vraiment le taux d'autoconsommation qui est déterminant.
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De nombreux progrès technologiques
Ils jouent un rôle clé dans l'optimisation des performances. Les panneaux sont aujourd'hui très robustes, composés de nouveaux capteurs et cellules photovoltaïques offrant un excellent rendement sur le long terme. Les solutions de stockage évoluent rapidement : au-delà des batteries physiques, la batterie virtuelle offre une alternative économique intéressante en permettant d'augmenter l'autoconsommation sans changer d'opérateur d'énergie, à un coût bien inférieur. Les systèmes de gestion d'énergie (EMS) permettent, eux, d'optimiser la production et la consommation en temps réel. "Chez Solarock nous intégrons des outils de pilotage et des options de stockage dès l'étude de faisabilité pour maximiser le taux d'autoconsommation et garantir une meilleure rentabitilé à moyen terme", souligne Benjamin Barnathan.
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Remerciements à Benjamin Barnathan, co-fondateur de Solarock, start-up et entreprise à mission déployant depuis deux ans son réseau en Île-de-France, dans les Hauts-de-France et le Val de Loire. Une quinzaine de nouvelles franchises ouvriront d'ici 2026 en région méridionale ; et à Jérôme Mouterde, CEO Dualsun, fabricant français de panneaux solaires et marque de référence dans ce domaine.



















