Edouard Loubet, un cuisinier qui ne manque pas d'air
Voilà un chef fait pour le grand air, le froid et la tonicité des montagnes de Savoie - sa région natale -, le soleil et la nature bienveillante du Lubéron avec ses "six ou sept verts différents", son préféré étant celui "qui passe à travers les vignes". Si l'on obligeait cet homme à vivre dans une grande ville, il deviendrait probablement fou. La famille Loubet passe donc l'hiver dans le chalet-hôtel de la Croix-Fry et l'été dans le Lubéron, où elle s'est installée il y a une vingtaine d'années. à 22 ans, édouard Loubet a acquis avec sa mère (autrefois propriétaire de l'hôtel Fitz Roy**** à Val-Thorens) le Moulin de Lourmarin et a tricoté une histoire de famille avec cette dernière à l'accueil et aux finances, son grand-père au jardin et sa grand-mère aux confitures. Il obtient sa première étoile en 1996, la seconde en 1999. Mais l'homme veut de l'espace, de l'horizon, des arbres et des couchers de soleil à perte de vue. Il investit alors le Domaine de Capelongue et ses 5 hectares, sur les hauteurs de Bonnieux.
Si le chef a beaucoup appris en faisant ses classes avec Alain Chapel et Marc Veyrat, dont il a épousé la nièce, Isabelle, il y a aussi dans sa cuisine beaucoup de ses grands-parents, qui l'ont élevé et lui ont transmis l'amour des fruits et légumes, des plantes et des herbes, qu'il cultive sur ses terres. On goûte ici à des plats travaillés en fonction de ce que le chef emprunte à la nature. C'est une cuisine déconnectée des modes, extrêmement subtile et reconnaissable. Le palais, parfois, fait ses classes avec un "foie gras marié à une confiture de tomates vertes et à un jus caramélisé au pin sylvestre" ; un "calamar à la plancha au goût d'une paella, encornet de safran acidulé à la mélisse" ; un "soufflé au cèdre des crêtes du haut Lubéron, crème glacée aux clous de girofle". Ses aïeuls lui ont aussi inculqué le goût de ne rien jeter, de tout transformer.
Le bio, lui, il est né avec. En cuisine, ils sont quatre seulement. Ça crie, ça court, il fait très chaud. Ancien champion de ski, édouard Loubet retrouve durant les services l'esprit de compétition. Chef volubile et au franc-parler, il n'hésite pas à tancer ses équipes au moindre faux pas et, à un jeune homme qui téléphone pour postuler en cuisine, il rétorque d'emblée qu'il ne sera payé que le Smic mais, qu'en échange, il découvrira ses recettes de A à Z car "ici on fait tout", et qu'il n'espère pas jouer à la pétanque ! Mais derrière ce fort caractère se cache un homme aux émotions à fleur de peau, dont les yeux brillent dès qu'un sujet le titille un peu trop - il aimerait par exemple consacrer plus de temps à ses enfants - et aussi un brin nostalgique : "Vous vous rappelez les papis qui se faisaient beaux le dimanche ?", demande-t-il en posant pour la photo dans son potager, très gentleman farmer