Un appartement façon grand écran sur la Capitale
Dans cet appartement des années trente, ancien atelier de bijouterie, l'immense verrière à l'esprit Bauhaus a porté d'emblée le projet. Le volume en enfilade, transparent, ouvert d'un bout à l'autre par une façade vitrée de dix mètres de long fait mouche. "Tout sauf de l'haussmannien !", avait-il souligné auprès de l'agence immobilière, en préambule.
Faire table rase des agencements existants s'imposera pour recomposer en liberté. L'objectif : augmenter l'impression de place sans nuire au confort et à l'intention fonctionnelle. L'air de rien, Frédéric Méchiche réinvente des mètres carrés en imbriquant cuisine, salle de bains et rangements, dans un savant jeu de construction. Espace dérobé, pièces à coulisses, redessinent les volumes à la manière d'un puzzle. Le choix d'un surdimensionnement, celle de la hauteur des portes volontairement exagérée, prolonge l'illusion. "Du grand dans du petit force le leurre" comme le noir carbone sur les murs, qui, contrairement aux idées reçues, repousse les limites en créant le mystère. Une impression cultivée par l'apport de miroirs de part et d'autre "pas en vis-à-vis ou devant une assise, on s'y refléterait en permanence..." mais au creux des alcôves, des niches afin d'inventer de nouvelles perspectives. Ou encore par l'arrondi d'un mur abritant la chambre, certes un écho à l'esprit d'origine mais aussi le moyen d'éviter les angles brisés.
Côté matière, pas de compromis, du béton retrouvé au sol, des planches de chantier inspirées par la géométrie cubiste dans la cuisine, un bloc de marbre dans le cabinet de toilette, ces matériaux mettent en valeur une collection choisie des maîtres du design minimaliste du XXe siècle. Des correspondances entre architecture et mobilier qui accompagnent des contrastes forts comme ce monochrome de Robert Ryman à côté de gravures de Goya. Frédéric Méchiche a toujours su initier des correspondances secrètes.
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En photo : dans la pièce à vivre, de gauche à droite, chaises "Wire" de Charles & Ray Eames, et chaise de Jean Prouvé. Devant, un siège en contreplaqué moulé "Antony" de Jean Prouvé, 1954. À côté de la table "Barcelona", une assise "MR 90" en chrome et cuir, les deux Ludwig Mies Van Der Rohe, et un tabouret de Charlotte Perriand, éditions originales. À droite de la banquette de Florence Knoll pour Knoll, une table basse en pin de Charlotte Perriand et un lampadaire "AJ" d'Arne Jacobsen, 1957. Au sol, une oeuvre de Joseph Beuys Le Silence - bobines du film de Bergman trempées dans du métal -, 1973.
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