Tout part d'une rencontre. Celle d'un homme, Alain Ellouz, et d'une pierre sans réelle valeur, l'albâtre. Fils de pieds-noirs algériens, celui que l'on connaît aujourd'hui pour son savoir-faire éclairé a d'abord évolué dans le milieu informatique, en plein essor dans les années 1980. Comme un cycle qui s'achève, Alain Ellouz vend son entreprise informatique au début des années 2000. En parallèle, il s'initie à la sculpture et se prend de passion pour ce mode d'expression. L'entrepreneur croise le chemin du créateur.

Installé à quelques kilomètres de Jouy-en-Josas, il découvre le domaine de Montcel, une propriété de 14 hectares acquise en 1795 par Christophe Philippe Oberkampf, l'inventeur de la toile de Jouy. Passé entre les mains de la famille Mallet, des frères suisses Jeanrenaud, de Jean Hamon et d'Alain Dominique Perrin qui décide d'y créer la Fondation Cartier pour l'art contemporain, cette bâtisse finie à l'abandon. Sensible à la vibration de ce lieu rempli d'histoire, Alain Ellouz rachète le domaine à Jean Hamon pour y développer un projet artistique. Mais une malveillance administrative lui en retire la propriété malgré l'acte d'achat. À 50 ans et après cinq années compliquées, il décide de se recentrer sur la sculpture. C'est en éclairant une fleur d'albâtre réalisée pour sa compagne Christel qu'Alain Ellouz découvre la magie de cette pierre. L'histoire débute il y a 20 ans.

L'albâtre, une pierre pleine de secrets

Utilisée autrefois par les Égyptiens pour créer de petits récipients à parfum ou des statuettes, l'albâtre n'a jamais vraiment été considérée comme une pierre d'exception. Fragile et friable, elle n'est pas idéale pour entrer dans le monde des beaux-arts ou de la décoration. Pourtant, l'albâtre avait bien des choses à prouver. Avec ses faux airs de marbre sous la lumière, cette pierre semble posséder des qualités que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Surnommée "nuage", celle qu'Alain Ellouz travaille, une forme rare et précieuse de Gypse, est particulièrement blanche. Contrairement à l'albâtre calcaire, opaque et plus dur, cette essence que l'on extrait de carrières en Espagne, près de Saragosse, apparaît comme translucide, velouté au toucher et très réactive à la lumière.

"Sa transparence vient de sa structure cristalline très fine et de sa faible densité. Elle ne capte pas la lumière : elle la laisse passer, la filtre, l'adoucit" - Les infinis paysages d'Alain Ellouz.

Avec l'albâtre, Alain Ellouz sculpte non seulement la forme, mais aussi et surtout : la lumière. Chaque veine est singulière, tout l'enjeu est d'en révéler l'histoire.

Extrait de carrières en Espagne, près de Saragosse, l'albâtre apparaît comme translucide, velouté au toucher et très réactive à la lumière.
Extrait de carrières en Espagne, près de Saragosse, l'albâtre apparaît comme translucide, velouté au toucher et très réactive à la lumière. © Alain Ellouz

Un nouveau projet artistique visionnaire

En 2006, Alain Ellouz fait la connaissance de Marion Biais-Sauvêtre, une jeune designer fraîchement diplômée de l'école nationale supérieure des arts décoratifs. Il a l'idée, elle possède le savoir-faire. Ensemble, ils mettent au point les techniques Stonelight pour solidifier l'albâtre. Tables, consoles, luminaires... Les premières pièces naissent. Les collections se développent, les techniques s'affinent et les créations sont de plus en plus pointues, comme les incontournables Vesuve et Infinity, ou les séries de luminaires en albâtre et bois brûlé réalisées en collaboration avec l'atelier Danneels + Zafiro. Les commandes sur mesure s'enchaînent, notamment celle du mur d'albâtre du Grand Rex. Rapidement, les marques de luxe s'intéressent à ce matériau jusqu'alors inutilisé. Alain Ellouz réinvente les boutiques de grandes maisons comme Chaumet, Louis Vuitton, Guerlain ou encore Dior, conçoit de précieux objets comme un écrin de pierre pour le Magnum 1982 du Château Ducru-Beaucaillou. Chaque demande apparaît comme un nouveau défi.

La collection Infinity est devenue iconique chez Alain Ellouz.
La collection Infinity est devenue iconique chez Alain Ellouz. © Alain Ellouz

Quand le design rencontre l'art

Au fil des ans, les lignes se croisent, les matières dialoguent, l'albâtre s'invite dans le quotidien. On le retrouve avec surprise dans un tapis, développé aux côtés d'Odile Dhavernas de la manufacture des tapis de Bourgogne. Mais aussi sur un canapé réalisé avec Danneels + Zafiro. On le conjugue aussi au cristal de roche pour créer des lustres ou des appliques d'exception.

En 2021, Alain Ellouz invite l'art à fusionner pleinement avec l'albâtre en créant une fondation-galerie. Les artistes ont carte blanche pour sublimer la pierre à leur manière. Certains jouent avec la couleur, d'autres se laissent guider par les aspérités de l'albâtre.

20 ans de lumière au Grand Rex

Quel endroit plus emblématique que le Grand Rex avec son majestueux mur d'albâtre pour fêter ses 20 ans ? "Enfant je venais regarder des films au Grand Rex, alors quand l'agence ABP Architectes m'a contacté pour contribuer à la rénovation du grand hall, je n'ai pas hésité une seconde", confie Alain Ellouz, ému, sur la scène de ce lieu emblématique de l'Art Déco. C'était pour lui une évidence de célébrer cet anniversaire ici. Dans le hall, un mur monumental en albâtre rétroéclairé apparaît comme une véritable architecture lumineuse. Ce 14 janvier 2026, il suffisait de le franchir pour plonger dans l'odyssée d'Alain Ellouz. Pour ses 20 ans, le créateur dévoilait en exclusivité un film d'une heure retraçant son enfance, son parcours, sa rencontre avec l'albâtre, ses créations, ses innovations et ses collaborations à travers les voix de ses proches et de ses collaborateurs.

20 ans, c'est aussi l'occasion d'incarner les objets et de les poétiser grâce aux mots de Paul-Henry Bizon et aux photographies de sa compagne Christel Martin. C'est aux Éditions de la Martinière qu'Alain Ellouz confie son livre "Albâtre, les infinis paysages d'Alain Ellouz".

Pour ses 20 ans, Alain Ellouz a choisi le Grand Rex où il a imaginé ce grand mur en albâtre rétroéclairé.
Pour ses 20 ans, Alain Ellouz a choisi le Grand Rex où il a imaginé ce grand mur en albâtre rétroéclairé. © Alain Ellouz
Une soirée riche en émotions pour celui que l'on surnomme "l'ange de l'albâtre".
Une soirée riche en émotions pour celui que l'on surnomme "l'ange de l'albâtre". © Alain Ellouz

Le Grand Rex fait peau neuve

À l’approche de son 90ᵉ anniversaire, le 8 décembre 2022, le Grand Rex a entrepris une rénovation d’ampleur avec la volonté de redonner au bâtiment son éclat d’origine Art déco tout en modernisant ses installations. Si la grande façade a été réhabilitée en profondeur, les espaces intérieurs, halls et circulation, ont été repensés avec modernité. Exit les anciennes moquettes rouges. Le hall d'entrée, signé ABP Architecte, se distingue par un comptoir à confiserie en laiton adossé à un mur d’albâtre rétroéclairé réalisé par Alain Ellouz Paris. Un véritable retour aux sources esthétiques et historiques.

Pour Alain Ellouz, l'aventure continue. Les 20 ans ne sont que le premier chapitre d'un long roman.