La première collaboration entre Baccarat et Patricia Urquiola est une collection de verres et d'impressionnants vases de cristal taillé, clairs ou colorés, empilables comme des totems.
Six vases de la collection "Variations" et trois combinaisons. Patricia Urquiola souhaitait que l'on puisse empiler ces grandes pièces de près de 5 kg chacune en variant formes et cristal clair ou coloré. Comme la designer voulait des pastels très doux, il n'était pas possible de les réaliser dans un cristal teinté dans la masse. Une fois soufflés et taillés à Baccarat, en Lorraine, les vases sont laqués (sur la paroie intérieure) ailleurs en France.
Après avoir été cueillée (et non cueillie !) par l'artisan verrier au bout de sa canne dans un four qui délivre la juste quantité de matière première chauffée à 1 250 °C, la boule de cristal est d'abord façonnée à l'aide d'une forme avant d'être soufflée. À ce stade, elle pèse près de 9 kg.
Une fois formée, la boule de cristal doit être maillochée. Assis, un artisan verrier répartit la matière de façon homogène à l'aide d'une pièce de bois, la mailloche, pendant qu'un autre tourne la canne pour contrer l'effet de pesanteur. Sinon le vase risque de ne pas avoir la même épaisseur partout, ce qui serait problématique au moment de la taille.
Contrairement aux verres ou carafes, soufflés à la bouche, les pièces de cette taille sont soufflées à l'aide d'une pompe à air comprimé (mise au point en 1824 !). Là encore les verriers travaillent par deux, l'un tenant la canne et actionnant la pompe, l'autre manipulant l'ouverture et la fermeture du grande moule en fonte. Avant d'être séparé de la canne, le vase reposera quelques minutes en étant tourné pour commencer à refroidir en toute sécurité.
L'arche de recuisson terminé, le vase est envoyé à l'arche dite de recuisson. Comme son nom ne l'indique pas, c'est un très lent tapis roulant dans un tunnel fait d'un matériau réfractaire qui passe de 500 °C à la température ambiante. Un vase de cette taille mettra 10 heures à refroidir (à raison d'un mètre par heure).
Ancien verrier, Pascal est maintenant "choisisseur", un métier majoritairement féminin. Les choisisseurs scrutent les pièces afin de détecter la moindre malfaçon (défaut de fabrication dans la forme, l'épaisseur, tension dans le cristal) ou malfinesse (défaut du cristal). Il y a jusqu'à 20 % de pièces défectueuses. Certaines peuvent être rattrapées par polissage, les autres sont éliminées. Uniquement en cas de malfaçon, le cristal est recyclé.
La taille d'un tel vase demande 5 heures de travail. Il sera ensuite poli à l'acide et, le cas échéant, envoyé ailleurs pour être laqué. Il reviendra ici pour une dernière vérification.