Nancy, une ville aux allures royales
Du haut de l'Arc de Triomphe, Nancy prend toute sa dimension verte. Juste en face, le parc de la Pépinière créé en 1765 (ancienne pépinière Royale) par le duc Stanislas - fondé à l'époque pour fournir les arbres qui bordaient les routes de Lorraine -, est désormais le poumon vert au coeur de la vieille ville. Le XVIIIe siècle n'a pas laissé que ce symbole vert à Nancy. Sur les grilles en fer forgé, on distingue des rameaux d'olivier ; sur le palais ducal de Léopold, des candélabres végétaux sculptent la façade. Sur les fontaines, sur les lanternes... la nature est partout !
Premières places plantées urbaines. Des arbres dans la ville, voilà une initiative originale menée par un homme passionné par les végétaux et reprise chaque automne lors de la Fête des Jardins Éphémères, organisée sur la place Stanislas. Non seulement le duc crée les premières places plantées urbaines, mais il imagine une Académie des Sciences offrant à la Lorraine ses premiers jardins. Aujourd'hui encore, on peut profiter de cet incroyable héritage à la lisière de la ville. Les jardins du Montet comptent plus de 12 000 variétés qui se déploient sur 35 hectares. C'est là, au milieu de serres gigantesques, que se nichent les collections de plantes héritées du botaniste Victor Lemoine, spécialiste des hybridations et père des lilas, des pieds d'alouettes, des bégonias, des hortensias et autres clématites. Des essences florales qui ponctuent désormais de leurs touches colorées les 25 parcs et jardins de Nancy.
Émile Gallé, chef de file de l'École de Nancy et botaniste averti, profite de l'arrivée massive d'une classe bourgeoise chassée de l'Alsace et du nord de la Lorraine par la guerre de 1870 pour développer un style moderne empreint de poésie et de légèreté, tout en gardant un savoir-faire local. Quoi de plus séduisant que les berces du Caucase, les anémones du Japon ou les graminées pour décorer ses verreries ? Dans les jardins du musée de l'École de Nancy, les variétés exotiques rendent hommage à l'inspiration des artistes. Les frères Daum ne sont pas insensibles à ces nouveaux motifs. Dans l'une des galeries du musée des Beaux-arts, plus de 300 oeuvres célèbrent la nature. Encriers à la toile d'araignée, vases aux renoncules, jardinières de roses ou lampes aux fleurs d'eucalyptus séduisent une clientèle fortunée qui découvre une nouvelle expression artistique.
De Jean Prouvé à Nicolas Michelin. De là à penser que l'idée de construction doit se plier à la nature, il n'y a qu'un pas alègrement franchi par Jean Prouvé. Ce fils de peintre de l'École de Nancy, proche des idées d'écoconception, a construit en 1954 sa maison familiale. Dominant la ville, la bâtisse s'intègre parfaitement dans la nature malgré un terrain très en pente. Une approche "verte" que l'on retrouve également dans le Jardin d'Eau composé en 1996 par le paysagiste Alexandre Chemetoff. Non loin, deux centres artistiques, L'Autre Canal et L'Ensemble Poirel, confèrent à cette ville un sens aigu de la modernité. Créé par Victor Poirel à la fin du XIXe siècle, le magnifique Ensemble Poirel est devenu une salle de concert incontournable et une galerie dotée d'oeuvres aussi surprenantes que Traits d'union, cette composition du designer Robert Stadler qui associe à la fois disque lumineux et sculptures mobilières.
La cité lorraine n'a cessé, depuis, de se renouveler. C'est à travers cette alliance "volumétrique, géométrique, environnementale" que Nicolas Michelin a construit Artem, son projet de campus international. L'architecte, soucieux de l'équilibre entre innovation et écologie, a mis en scène la nature à travers une galerie transparente plantée de cours jardins reliant les universités entre elles. Lieux d'échange et de travail (zone Wi-Fi oblige), cet espace reprend l'idée de la serre horticole si emblématique de la ville. Des puits canadiens permettent de préchauffer ou de rafraîchir l'air naturellement, des récupérateurs d'eau de pluie assurent l'arrosage des micros jardins intérieurs, et des toits terrasses dotés de systèmes solaires thermiques participent à cette volonté d'économiser l'énergie. Une philosophie verte qui n'aurait sans doute pas déplu au grand Stanislas !
En photo : les grilles dessinées par l'architecte Jean Lamour autour de la place Stanislas.