Nichée dans la commune d'Anneyron, là où les carrières de terre sculptent le paysage, la manufacture de Jars s'éveille. Reliés les uns aux autres, les différents espaces semblent ne faire qu'un. Les idées qui naissent dans le bureau n'ont qu'une porte à franchir pour se concrétiser dans les ateliers avant de finir sur les étagères de la boutique, d'où l'on peut d'ailleurs apprécier le spectacle du moulage.

Mais tout commence à l'extérieur, dans le petit bâtiment de marche à pâte dédié à la préparation de la pâte de grès. La recette est secrète. Seul ingrédient communiqué : il y a un pourcentage d'excédent dedans pour limiter la perte, ce que les équipes de Jars s'amusent à qualifier de "bon sens paysan". Les composants sont ensuite montés sur un tapis puis délayés dans des broyeurs afin de créer une barbotine onctueuse, filtrée pour éviter les défauts et utilisée pour fixer des éléments comme les anses des tasses. D'autres machines, dont une extrudeuse qui retire l'air et l'eau, façonnent des boudins de pâte solide qui permettront de créer des pièces en calibrage ou en presse.

La marche à pâte permet de confectionner de la barbotine liquide et des boudins de pâte solide.
La marche à pâte permet de confectionner de la barbotine liquide et des boudins de pâte solide. © Anne-Claire Héraud
La marche à pâte est la première étape du processus de fabrication.
La marche à pâte est la première étape du processus de fabrication. © Anne-Claire Héraud
Les excédents sont revalorisés pour limiter la perte.
Les excédents sont revalorisés pour limiter la perte. © Anne-Claire Héraud

Aussitôt prête, la pâte n'a que quelques mètres à faire pour prendre sa forme future. Sous les presses, elle se mue en bols, assiettes et autres modèles. Pour les formes spécifiques et asymétriques, mais également pour les gros formats ou les petites séries pour les chefs, c'est le coulage qui est privilégié. Les moules, conçus directement chez Jars, se remplissent. Le plâtre absorbe l'eau, la pièce se durcit dans le moule, l'excédent de pâte repart dans le circuit.

La presse permet de confectionner des pièces grâce aux morceaux de pâte.
La presse permet de confectionner des pièces grâce aux morceaux de pâte. © Anne-Claire Héraud
Les pièces moulées sont ensuite envoyées au séchage.
Les pièces moulées sont ensuite envoyées au séchage. © Anne-Claire Héraud
Le savoir-faire des artisans est nécessaire à chaque étape.
Le savoir-faire des artisans est nécessaire à chaque étape. © Anne-Claire Héraud
Les moules sont confectionnés en interne chez Jars, il faut les refaire en moyenne toutes les 50 utilisations.
Les moules sont confectionnés en interne chez Jars, il faut les refaire en moyenne toutes les 50 utilisations. © Anne-Claire Héraud

Les pièces partent ensuite au séchage pendant une journée, ou 45 minutes au séchoir pour les grosses séries, avant de passer à la finition. Sous les mains expertes des employés, parfois là depuis plus de 30 ans, les excédents et les coutures liées au moulage disparaissent pour ne laisser que le beau. Une terre blanche prête à être émaillée.

Les pièces séchées doivent passer à la finition pour enlever les excédents et les coutures des moules.
Les pièces séchées doivent passer à la finition pour enlever les excédents et les coutures des moules. © Anne-Claire Héraud
En séchant, la terre blanchie.
En séchant, la terre blanchie. © Anne-Claire Héraud

Les pièces se retrouvent ensuite en crues, attendant d'être sublimées par la couleur. Devant son bac coloré, Nathalie, entrée chez Jars il y a 25 ans, maîtrise parfaitement son geste. Avec une louche, elle applique l'émail avec justesse sur une assiette avant de la peser. La pièce doit rester entre 30 et 35 grammes pour ne pas casser à la cuisson. Plus loin, une de ses collègues pratique le trempé au millimètre près tandis qu'une autre gère la pulvérisation. Les gestes sont répétés avec exigence.

Plus d'une centaine d'émaux complètent le catalogue de Jars. Les formules sont créées directement dans le labo puis testées et reproduites à grande échelle. Les effets varient selon la formule et la technique d'application.

Certaines pièces déjà émaillées, comme celles de la collection Epure, passent au tournassage afin de dessiner un bord blanc. Tout se fait à l'œil, la précision est presque instinctive.

Elles sont ensuite "en crue", attendant d'être émaillées.
Elles sont ensuite "en crue", attendant d'être émaillées. © Anne-Claire Héraud
L'application des émaux se fait à la main, en trempé, à la louche ou en pulvérisation.
L'application des émaux se fait à la main, en trempé, à la louche ou en pulvérisation. © Anne-Claire Héraud
Le pinceau sert à appliquer les contours.
Le pinceau sert à appliquer les contours. © Anne-Claire Héraud

Avant dernière étape et pas des moindres, celle de la cuisson. Chez Jars, une suffit. Pendant huit heures avec une montée en température de 1 280 degrés, l'immense four qui accueille chaque jour environ 2 000 pièces révèle les émaux pour donner vie à la version finale du produit. Le contrôle qualité passé, les nouvelles pépites de Jars sont poncés dans une cuve remplie de maïs et de cailloux de céramique.

Les pièces sont ensuite envoyées au four pour une mono cuisson de huit heures.
Les pièces sont ensuite envoyées au four pour une mono cuisson de huit heures. © Anne-Claire Héraud
Environ 2 000 pièces sont cuites chaque jour.
Environ 2 000 pièces sont cuites chaque jour. © Anne-Claire Héraud

Pour une pièce, il faut compter plus de 21 prises en main. Un nombre qui illustre le savoir-faire et la volonté de transmission de Jars qui depuis sa création par Pierre Jars en 1857, n'a jamais perdu son sens du partage et du bien fait.

Il faut compter plus de 21 prises en main pour la réalisation d'une pièce.
Il faut compter plus de 21 prises en main pour la réalisation d'une pièce. © Anne-Claire Héraud
Les effets varient selon la formule et la technique d'application.
Les effets varient selon la formule et la technique d'application. © Anne-Claire Héraud