
Nichée dans la commune d'Anneyron, là où les carrières de terre sculptent le paysage, la manufacture de Jars s'éveille. Reliés les uns aux autres, les différents espaces semblent ne faire qu'un. Les idées qui naissent dans le bureau n'ont qu'une porte à franchir pour se concrétiser dans les ateliers avant de finir sur les étagères de la boutique, d'où l'on peut d'ailleurs apprécier le spectacle du moulage.
Mais tout commence à l'extérieur, dans le petit bâtiment de marche à pâte dédié à la préparation de la pâte de grès. La recette est secrète. Seul ingrédient communiqué : il y a un pourcentage d'excédent dedans pour limiter la perte, ce que les équipes de Jars s'amusent à qualifier de "bon sens paysan". Les composants sont ensuite montés sur un tapis puis délayés dans des broyeurs afin de créer une barbotine onctueuse, filtrée pour éviter les défauts et utilisée pour fixer des éléments comme les anses des tasses. D'autres machines, dont une extrudeuse qui retire l'air et l'eau, façonnent des boudins de pâte solide qui permettront de créer des pièces en calibrage ou en presse.



Aussitôt prête, la pâte n'a que quelques mètres à faire pour prendre sa forme future. Sous les presses, elle se mue en bols, assiettes et autres modèles. Pour les formes spécifiques et asymétriques, mais également pour les gros formats ou les petites séries pour les chefs, c'est le coulage qui est privilégié. Les moules, conçus directement chez Jars, se remplissent. Le plâtre absorbe l'eau, la pièce se durcit dans le moule, l'excédent de pâte repart dans le circuit.




Les pièces partent ensuite au séchage pendant une journée, ou 45 minutes au séchoir pour les grosses séries, avant de passer à la finition. Sous les mains expertes des employés, parfois là depuis plus de 30 ans, les excédents et les coutures liées au moulage disparaissent pour ne laisser que le beau. Une terre blanche prête à être émaillée.


Les pièces se retrouvent ensuite en crues, attendant d'être sublimées par la couleur. Devant son bac coloré, Nathalie, entrée chez Jars il y a 25 ans, maîtrise parfaitement son geste. Avec une louche, elle applique l'émail avec justesse sur une assiette avant de la peser. La pièce doit rester entre 30 et 35 grammes pour ne pas casser à la cuisson. Plus loin, une de ses collègues pratique le trempé au millimètre près tandis qu'une autre gère la pulvérisation. Les gestes sont répétés avec exigence.
Plus d'une centaine d'émaux complètent le catalogue de Jars. Les formules sont créées directement dans le labo puis testées et reproduites à grande échelle. Les effets varient selon la formule et la technique d'application.
Certaines pièces déjà émaillées, comme celles de la collection Epure, passent au tournassage afin de dessiner un bord blanc. Tout se fait à l'œil, la précision est presque instinctive.



Avant dernière étape et pas des moindres, celle de la cuisson. Chez Jars, une suffit. Pendant huit heures avec une montée en température de 1 280 degrés, l'immense four qui accueille chaque jour environ 2 000 pièces révèle les émaux pour donner vie à la version finale du produit. Le contrôle qualité passé, les nouvelles pépites de Jars sont poncés dans une cuve remplie de maïs et de cailloux de céramique.


Pour une pièce, il faut compter plus de 21 prises en main. Un nombre qui illustre le savoir-faire et la volonté de transmission de Jars qui depuis sa création par Pierre Jars en 1857, n'a jamais perdu son sens du partage et du bien fait.





















