L'antre créatif de l'artiste plasticienne Claude Como
Ses oeuvres hypercolorées, qui renouvellent l'art de la tapisserie, sont nées en 2019, avec sa découverte de la technique du tuftage ou, préfère-t-elle dire, du "touffetage". Armée d'un pistolet à tufter, l'artiste se met alors à "peindre" avec des laines chamarrées, créant des éléments végétaux qui, combinés les uns aux autres, construisent des fresques monumentales. En 2021, un solo show, "Supernature", organisé par la galerie marseillaise Le Cabinet d'Ulysse, présente ce travail au public. L'installation est pensée comme une oeuvre dans laquelle le spectateur pénètre et séjourne, une immersion jubilatoire au coeur d'une nature-mère, chaleureuse et protectrice : c'est un succès immédiat. "Devant ces fresques tactiles, explique-t-elle, les gens s'exclament, palpent, caressent... Cela réveille l'enfant qu'ils sont." Claude Como refuse pourtant d'être identifiée comme une artiste textile. Son apprivoisement de la technique du tuftage n'est que la plus récente étape d'un parcours réfléchi qui, depuis les années 1990, l'a menée de médium en médium. S'emparant aussi bien de la peinture à l'huile, de la céramique, de la résine, du fusain ou de la laine, l'artiste expérimente son rapport complexe à la diversité du vivant, dont l'homme n'est qu'un avatar. En 2018 notamment, la série "Gaia" est un mélancolique état des lieux, répertoriant les multiples facettes de la Création, à la manière d'un cabinet de curiosités : elle y peint des insectes sous résine, elle moule les seins de ses amies dans l'argile, fabriquant une sorte de vaisselle dans laquelle on mange lors de ses vernissages. Peu à peu, Claude Como construit une oeuvre, dit Laura De Pontcharra, la directrice associée de la Galerie Lazarew, "où l'humain, l'animal et le végétal s'entremêlent, où la sensualité, la vie et la mort rôdent dans un écosystème silencieux".
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En photo : sous la haute structure métallique de l'atelier, Claude Como a installé son matériel à "touffeter" : un cadre mobile sur lequel la toile est tendue et un pistolet électrique. Une fois terminés, les éléments découpés iront s'intégrer à la fresque géante qui grimpe sur le mur. De l'autre côté, des huiles sur toile, des fusains et une sculpture en bois témoignent de la diversité des techniques pratiquées par l'artiste.