Tout a commencé avec Astérix. À 10 ans, dans l'appartement familial de Chambéry, la petite Marie pyrograve partout les personnages de la célèbre bande dessinée. Son goût pour le dessin est encouragé par des parents amateurs d'art qui, chaque été, embarquent leur tribu vers la Côte d'Azur pour y parcourir les musées.

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L'artiste devant son oeuvre Comedia, acrylique sur drap de lin, 275x220 cm. Elle porte une chemise d'homme peinte également de sa main.
L'artiste devant son oeuvre Comedia, acrylique sur drap de lin, 275x220 cm. Elle porte une chemise d'homme peinte également de sa main. © Nicolas Millet
En haut, Sailor, acrylique sur papier, 51x64,5 cm ; en bas, Homme bleu, acrylique sur papier, 51x64,5 cm. Fresque murale ou dessin intimiste, l'artiste maîtrise tous les formats.
En haut, Sailor, acrylique sur papier, 51x64,5 cm ; en bas, Homme bleu, acrylique sur papier, 51x64,5 cm. Fresque murale ou dessin intimiste, l'artiste maîtrise tous les formats. © Nicolas Millet

La fillette grandit dans le compagnonnage de Matisse, Bonnard, Fernand Léger, et de la turbulente bande de l'École de Nice : Niki de Saint-Phalle, Ben, Yves Klein... À la Villa Kérylos, elle découvre l'immortelle beauté des fresques antiques et de leurs représentations féminines. Mais plus tard, lorsqu'elle quitte la Savoie pour faire les Beaux-Arts à Marseille, c'est la section "design d'objets" qu'elle choisit, car, dit-elle: "je n'imaginais pas avoir l'étoffe d'une artiste".

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Mimosa, acrylique et encre de chine sur papier, 59x85 cm.
Mimosa, acrylique et encre de chine sur papier, 59x85 cm. © Nicolas Millet

Après avoir quitté l'école, Marie de Buttet continue à remplir des carnets de personnages croqués au feutre et à travailler sur de petits formats, qu'elle distribue autour d'elle. Sans tapage, son éclatant talent attire l'attention. En 2018, lors de la manifestation culturelle "Quel Amour!", organisée à Marseille et alentour, l'architecte Roland Carta et sa femme Isabelle, membres de Mécènes du Sud, créent une galerie et lui commandent des grands formats pour l'exposition inaugurale. Elle se lance, prend goût au dessin grandeur nature, et rencontre une nouvelle notoriété.

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Sainte Jacques et Les Pêcheurs, acryliques sur papier, 84x120 cm : interprétée avec humour et modernité, l'imagerie méditerranéenne est omniprésente. Les personnages sont dessinés d'un seul jet, au marqueur à pointe large.
Sainte Jacques et Les Pêcheurs, acryliques sur papier, 84x120 cm : interprétée avec humour et modernité, l'imagerie méditerranéenne est omniprésente. Les personnages sont dessinés d'un seul jet, au marqueur à pointe large. © Nicolas Millet

Si son thème de prédilection reste le même - la célébration du corps humain - sur la feuille élargie, son geste prend une autre ampleur. "On doit aller vite dans l'exécution pour ne pas perdre l'énergie de l'idée", explique -t-elle. Il faut la voir danser devant sa toile, et d'un seul trait dense et fluide, faire apparaître en quelques secondes un nu aux formes pleines ou un personnage capturé dans la vérité de l'instant. Entre références aux grands peintres, mythes antiques et observation de ses contemporains, elle s'amuse et joue des accessoires: voici une centauresse, un Minotaure, mais aussi une skieuse, un clarinettiste, une acrobate ou un joueur de tennis...

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À Marseille, elle adore épier le petit théâtre méditerranéen et ses figures hautes en couleur: baigneurs, pêcheurs, enfants qui jouent... Parfois, il lui arrive de se glisser dans un interstice secret de la ville pour une session de street art : "Ce qui m'intéresse dans l'univers du graff c'est la dimension infinie des supports, la gratuité du geste, le dessin abandonné comme un cadeau..." Une exploration qui lui a permis de découvrir les qualités du spray, introduit depuis dans sa pratique d'atelier, et a affûté son art de la peinture murale.

Désormais, nombreux sont les particuliers à lui commander des fresques, pour animer une terrasse, un salon ou une boutique, tel Jéjé Barbu, restaurateur du boulevard Longchamp à Marseille, qui l'a sollicitée pour décorer sa nouvelle poissonnerie, baptisée "Plouf". Après avoir exposé à Saint-Tropez cet été, Marie de Buttet multiplie les projets - illustration, édition, portraits de famille, performance dans l'espace public -, en attendant de réaliser son rêve: une résidence artistique en Italie, le pays le plus inspirant au monde".

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Marie de Buttet consulte ses carnets couverts d'esquisses, qui deviendront des oeuvres.
Marie de Buttet consulte ses carnets couverts d'esquisses, qui deviendront des oeuvres. © Nicolas Millet