La cuisine avec îlot est pratique et raffinée dans cette vieille maison
La plus pittoresque ruelle d'Anvers sort de l'oubli en 1969, lorsque le jeune antiquaire Axel Vervoordt achète ce petit coin d'histoire. Au XVIe siècle, la maison est le domaine des cordonniers qui troquent leur production contre de la laine arrivant d'Angleterre et d'Écosse dans le port d'Anvers. Au XIXe siècle, elle abrite une compagnie de torréfaction. Au rez-de-chaussée de cette vieille maison, une grande cheminée à double foyer est le point de départ d'un astucieux jeu de conduits de chaleur servant à faire sécher les sacs de café vert à tous les étages. À la même époque, la façade est transformée : de petites fenêtres carrées y sont créées pour mieux laisser pénétrer la lumière. Dans les années 1970, Axel réunit deux bâtiments et modifie les pièces principales de 9 m sur 9 et 4,5 m de haut en installant une mezzanine à chaque étage. À une extrémité, un escalier hélicoïdal en béton couplé à un ascenseur permet une circulation verticale. Mais le lieu reste encore à investir...
À 37 ans, Boris Vervoordt, le fils aîné d'Axel, s'y installe et s'engage à prendre la direction de la galerie familiale. Il faut dire qu'il fréquente les artistes depuis l'âge de 6 ans et qu'il commence à travailler à 23 ans à Kanaal, une ancienne malterie bâtie à Wijnegem au XIXe siècle et acquise en 1998 par les Vervoordt : celle-ci abrite aujourd'hui des bureaux, des collections d'art et des ateliers d'artisans, soit près de 100 personnes. Son père lui transmet le goût d'une philosophie zen. Comme lui, Boris s'intéresse au mouvement Gutaï, un art pictural apparu après la Seconde Guerre mondiale et centré sur le geste. Au premier étage, Boris réaménage les grandes pièces à vivre en espaces de réception, mettant ainsi en valeur quelques oeuvres et créations choisies avec soin. Il insuffle dans les étages une énergie nouvelle, le wabi, qu'il définit comme une source d'inspiration, une philosophie de vie proche de la nature, qui accueille les imperfections comme sources de beauté. Une maison singulière où espaces privés et galerie ouverte au public se partagent l'espace.
Les parquets anciens, les grandes tables de chêne massif, le bardage de bois sont les dénominateurs communs de cette demeure historique.
3 questions au galeriste.
Comment avez-vous envisagé cette maison de ville organisée autour d'un escalier en béton ?
Boris Vervoordt : Nous sommes partis des qualités mêmes du lieu. J'ai créé un séjour où l'esprit loft s'est imposé. Le bâtiment étant orienté plein sud, la lumière fait ressortir les matériaux et l'âme de cette maison oubliée. Les circulations étant compliquées, mon père a imaginé un escalier en béton et en colimaçon, intelligemment intégré à l'histoire de la maison.
Comment avez-vous apprivoisé la lumière du Nord ?
Boris Vervoordt : La galerie est blanche pour mettre en relief les oeuvres très sombres de Tàpies, peintes en 1960. Au nord, les couleurs sont chaudes, comme le rouge de la salle à manger ou le gris dans les passages des différents étages : les couleurs sourdes ont toujours fait vibrer cette lumière si particulière. Au sud, le blanc et le bois lavé l'apprivoisent pour valoriser l'architecture.
Comment les matières brutes plantent-elles l'esprit Wabi dans cette maison de ville ?
Boris Vervoordt : Il faut apprendre à préserver sa paix et son intimité. Cela vous ramène à l'harmonie. Kanaal, c'est un lieu où nous créons de véritables mises en scène pour chacune de nos marques. Mon intérêt pour le mouvement Gutaï et les artistes coréens m'a fait approcher une philosophie empreinte de spiritualité qui donne tout son sens à ma galerie et à mon lieu de vie.
Boris Vervoordt, tél. : (32) 477 88 80 60 et www.axel-vervoordt.com
En photo : la cuisine, qui est aussi l'entrée de la maison, s'articule autour d'un îlot central en pierre bleue des Carrières du Hainaut.
L'entrée se fait par la cuisine. Les meubles en bois, d'un blanc crayeux, ont été réalisés sur mesure. Ils dissimulent le petit et le gros électroménager. Même ici, l'art s'impose avec une photo signée du Belge Wouter Deruytter.
Sous les vieilles poutres de cette maison anversoise du XVIe siècle, se mêlent harmonieusement déco inspirée par l'esprit zen et art contemporain.