Le Laguiole créé par Ora-ïto : Le Furtivo
Un couteau baptisé Furtivo ! En français : furtif (secret, clandestin, rapide...) Ora-ïto souhaiterait-il brouiller les pistes ? En 2010, le designer iconoclaste lui conçoit une robe en noir et blanc. Cette finition en résine acrylique minérale satinée complète la création originelle en fibre de carbone à motif d'entrelacs en relief. "C'est plus qu'un couteau, c'est un objet qui pose question",précise l'auteur de cette fine lame... De fait, on est loin de cette navaja espagnole matinée du capuchadou des natifs, qui donna naissance au couteau de Laguiole. C'est à Thierry Moysset, l'actuel directeur de la Forge de Laguiole, que l'on doit ce choix téméraire : "Ora-ïto a totalement intégré l'ADN de la Forge : une créativité constante alliée à une tradition authentique..."
Les griffes sortent leur couteauC'est que la manufacture n'en est pas à ses premières armes en matière de modernité. En 1987, sous le règne de Gérard Boissins, Philippe Starck érige pour la maison un édifice aux lignes acérées. Puis, architectes de renom, designers émérites et autres stars du XXIe siècle mettent leur talent au service de la célèbre coutellerie. Ainsi, de Jean-Michel Wilmotte à Olivier Gagnère, d'Andrée Putman à Christian Ghion, les griffes reconnues créent des couteaux qui assoient sa renommée. Partout, on ne dit plus un couteau, mais un Laguiole ! Et si l'on connaît le modèle standard à manche en corne de vache de l'Aubrac, sait-on que la maison utilise aussi le bois de cerf, le tibia de mammouth, la corne de buffle ou de zébu ? Ou que le bois d'amourette, l'ébène ou la douelle de barrique sont travaillés par la manufacture ?
Du sur mesureSi chaque artisan coutelier, pour une finition hors pair, confectionne son couteau de bout en bout, la forge réalise en sus un service sur mesure version personnalisée. C'est Virgilio Muñoz, Meilleur Ouvrier de France (Mof), et Stéphane Rambaud qui animent l'Atelier de Coutellerie d'Art Intégré. Ainsi naissent sous leurs doigts d'orfèvres de véritables bijoux, uniques et signés. Manches d'ivoire cloutés d'or, monogrammes gravés, abeilles semées de pierres... L'on accède ici aux envies de chacun, du modeste berger au collectionneur chevronné. "Pour justifier notre label - fièrement estampé sur la lame de nos couteaux - nous nous devons d'être bons, très bons !", dixit Thierry Moysset. Pour preuve, la maison au design affûté s'est vue décerner le titre d'Entreprise du Patrimoine Vivant : une distinction très "haute coupure" !