La plage d'Arromanches
Le 6 juin, il trotte dans l'air comme un refrain de cornemuse, comme si le sonneur écossais qui, en 1944, traversa le pont de Bénouville sous les tirs allemands sans cesser de jouer allait réapparaître... Avec son énorme contrepoids de béton, Pégasus Bridge reste le symbole du 6 juin 1944. Aujourd'hui, les vétérans disparaissent peu à peu. Mais les musées des grands sites prennent le relais. Et la tournée des plages du Débarquement, théâtre de l'une des plus grandes batailles de tous les temps, est un circuit incontournable en Normandie. Plusieurs communes se partagent le territoire des cinq plages du Débarquement aux noms de code Sword, Juno, Gold, Omaha et Utah. Au centre de cette côte, c'est à Courseulles que, le 14 juin 1944, le général de Gaulle foula pour la première fois depuis quatre ans le sol de France. La côte normande ne disposant pas de ports susceptibles d'accueillir les armées alliées, celles-ci les ont amenés avec elles ! De véritables ports en kit ! Aujourd'hui encore, on peut voir sur la plage d'Arromanches ces énormes blocs de béton qui servaient de "flotteurs" pour chaussées flexibles.
La visite du musée du Débarquement permet de mieux comprendre cet extraordinaire "meccano géant". Port-en-Bessin offre une petite trêve dans cette balade historique. Pourquoi ne pas faire escale à La Maison sur le Quai, chez Les Filles du Bord de Mer, afin de savourer le confort d'un gîte décoré avec goût et de profiter de la vue sur le port ? Autre lieu incontournable, Omaha Beach. Sur la plage, une oeuvre du sculpteur Anilore Banon rend hommage aux combattants du Débarquement. La prise de la pointe du Hoc reste emblématique du Débarquement. Au prix de très lourdes pertes, les Rangers américains atteignirent leur but après avoir escaladé cette falaise verticale de 30 mètres de haut. De ce théâtre sanglant, les Américains ont fait un lieu de mémoire serein en créant un immense cimetière de soixante-dix hectares de pelouse vert émeraude, parfaitement entretenue. Miraculeusement épargnée lors de la Libération, première ville libérée, dès le 7 juin, le lendemain du Débarquement de Normandie par les troupes britanniques débarquées sur la plage Gold, Bayeux eut son boulevard périphérique... dès 1944 parce que les rues du centre-ville étaient trop étroites pour laisser passer les chars. Mais un autre épisode de l'histoire américaine s'est écrit à Bayeux. En effet, Louis XVI y avait installé le camp de Vaussieux, pour entraîner les troupes en vue de la guerre d'indépendance des États-Unis. Cette époque correspond à une période de prospérité qui se lit encore sur les façades des beaux hôtels particuliers. C'est aussi l'époque où se développent les manufactures de dentelle et de porcelaine dont on peut admirer les productions au musée Baron Gérard si bien rénové. À quelques kilomètres, au détour d'une route de campagne, l'extravagant porche du château de Brécy suggère les merveilles qui se cachent derrière ce beau manoir. De fabuleux jardins en terrasses ornées de véritables broderies de buis, qui se terminent par une grille de dentelle de ferronnerie se détachant sur le ciel.
Un peu plus loin, au coeur de la plaine de Caen, une ferme cultive le lin du champ à la boutique... Mais c'est ici également que les armées canadiennes se sont arrêtées le 6 juin 1944 au soir avant de se diriger vers Caen. Et si la ville a beaucoup souffert des combats de la Libération, elle n'en a pas moins conservé de beaux quartiers. Sa pierre blonde utilisée depuis des siècles donne le ton, celui d'une crème soyeuse ou d'un beurre frais comme ceux que l'on trouve aux marchés du vendredi et du dimanche, place Saint-Sauveur et autour du bassin Saint-Pierre. L'ancienne salle des ventes vient de se transformer en pépinière d'ateliers-boutiques pour artisans d'art, le Quai des créateurs, qui organise aussi des expositions comme celle de l'ébéniste Sylvain Tranquart. En circulant au fil des petites rues, on y découvre quelques belles boutiques contemporaines de décoration comme Pùr, ou Déco Room, un sympathique coffee-shop qui met en valeur le mobilier scandinave design. Enfin, pour conclure cette promenade dans la grande histoire, la visite du Mémorial ce musée pour la Paix à la façade duquel est gravé "La douleur m'a brisée, la fraternité m'a relevée, de ma blessure a jailli un fleuve de liberté" , s'impose.