La majestueuse architecture en U de la villa
Imposante, la façade sud de la maison, entourée de chênes classés " Arbres remarquables ", dévoile un plan en U : à gauche, la partie atelier, au centre le séjour, à droite les espaces privés. Le toit-terrasse, les corniches et les ouvertures signent la modernité de la villa Urrun.
L'histoire de cette villa : Perdue au bout d'un chemin, loin de l'effervescence balnéaire, la silhouette impérieuse et blanche de la villa Urrun tranche dans la campagne. Isolée et secrète, cette pépite issue du mouvement moderne, flanquée de son magistral atelier, abritera pendant onze ans, derrière ses murs de béton, la liaison de Jean Puiforcat et de la Cubaine Marta Estevez, sa deuxième femme. Attribuée au frère de Marta, l'architecte Luis Estevez, la maison affiche des similitudes troublantes avec le trait de Robert Mallet-Stevens, célèbre fondateur de l'Union des artistes modernes. À la même époque, ce dernier réalisait, à deux pas, La Pergola, l'hôtel-casino de Saint-Jean-de-Luz. Des rapprochements qui nourrissent le mythe et laissent planer le doute.
L'ancien fief de Jean Puiforcat fut dans tous les cas un formidable lieu de création : nombre de ses sculptures - moins connues que son travail d'orfèvre - naîtront ici. Aujourd'hui, la villégiature fait le bonheur de ses nouveaux acquéreurs. Missionnée pour une rénovation sans précédent, l'architecte d'intérieur Nicole Casaux s'est engagée dans un travail minutieux. Malmenée par une succession de propriétaires peu regardants, celle qui a longtemps éveillé la curiosité avait perdu de sa superbe. Retrouver les sources, les références, comprendre et raviver la rigueur esthétique seront les priorités. Grâce à une rencontre avec la petite-fille de l'orfèvre, les plans d'origine sont retrouvés et deviennent le point d'ancrage d'une réflexion tendue vers la mémoire.Tout en gardant le cap sur l'épure rationnelle chère à l'audace du modernisme, Nicole Casaux réveille l'histoire sans figer les lieux.
Conçue selon les principes de l'architecture " moderniste ", la distribution était fonctionnelle. Elle n'a donc pas été modifiée lors de la rénovation.
3 questions à l'architecte :
Quelles ont été les contraintes de cette rénovation ? Nicole Casaux : Trouver l'équilibre entre la mémoire et la place de ses nouveaux habitants. Recomposer d'abord le puzzle de l'architecture en révélant la beauté d'origine : le toit-terrasse avait été recouvert de tuiles, les portes en marqueterie avaient été pour certaines remplacées par de l'isoplane, de la moquette et du carrelage des années 1980 recouvraient le sol et l'escalier. Une fois ce travail effectué, je ne devais pas forcer le trait, il fallait laisser parler les envies des propriétaires pour ne pas les enfermer dans une maison musée.
À quel moment vous êtes-vous autorisée davantage de liberté ? N. C. : La cuisine ne présentait pas de caractère particulier et se trouve un peu à l'écart. Cela m'a permis d'utiliser une couleur décalée et de proposer un aménagement fonctionnel et sans prétention. Même chose pour les meubles : ils mixent les époques et véhiculent une forme de légèreté.
Un des éléments qui vous a touchée le plus dans ce lieu ? N. C. : La modernité de ce bâtiment construit en 1930. Il révèle les qualités visionnaires de l'architecte et de ses commanditaires. Ainsi, les rails d'éclairage au plafond, la beauté des portes en marqueterie de bois, les sèche-serviettes chauffants ou l'organisation de l'espace qui sont encore d'actualité.
Nicole Casaux, Atelier d'architecture intérieure (64122 Urrugne), tél. : 06 11 23 18 06 et nicole-casaux.fr. L'architecte est installée depuis 5 ans et travaille essentiellement sur la Côte basque et dans la région de Pau.